MCML: Santé fragile

«En procurant aux élèves les outils qui leur permettent d'apprendre tout au long de leur vie et en développant leur imagination, la bibliothèque scolaire leur offre les moyens de devenir des citoyens responsables.» Ces mots sont inscrits au coeur des principes directeurs de l'UNESCO. «En fait, la bibliothèque scolaire est en quelque sorte le poumon de l'école», soutient Jocelyne Dion, présidente de la Coalition en faveur des bibliothèques scolaires du Québec. Survol d'un réseau qui a pris des rides.

En début d'année, le gouvernement du Québec est venu en aide au réseau des bibliothèques scolaires, laissé en rade depuis nombre d'années, avec son Plan d'action triennal sur la lecture à l'école. Un programme assorti d'une enveloppe budgétaire de 60 millions de dollars, dont 20 millions en provenance des commissions scolaires et destinés à l'acquisition de nouveaux livres pour les élèves. Un plan salué par le milieu scolaire, mais qui se heurte à certaines critiques.

«Ce plan d'action n'est pas suffisant, car la suite des choses n'est pas assurée au-delà de la troisième année», explique Alain Roberge, président de l'Association pour l'avancement des sciences et des techniques de la documentation, en ajoutant que «ce qui manque dans le réseau des bibliothèques scolaires, c'est un véritable encadrement professionnel», en faisant référence aux bibliothécaires et aux techniciens en documentation.

À cela, le sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation, Pierre Bergevin, promet qu'un suivi sera effectué «par un comité national qui va s'assurer du pilotage de ce vaste plan», et ce, au-delà des trois années prévues par le programme.

«Maintenant, poursuit M. Roberge, il s'agit de voir si les commissions scolaires sont sérieuses concernant l'allocation de 20 millions de dollars [en vertu du plan d'action]. Ce que l'on souhaite, c'est qu'il y ait des budgets expressément réservés aux bibliothèques, car actuellement, c'est "au plus fort la poche"!»

«Écoutez, se défend Denis Pouliot, porte-parole de la Fédération des commissions scolaires du Québec, non seulement les 20 millions de dollars ont déjà commencé à être dépensés, mais les commissions scolaires en font même plus car elles dépensent autour de neuf millions de dollars par année dans les bibliothèques», en reconnaissant toutefois «que ça en prendrait davantage et spécifiquement dans l'ajout de personnel».

Jocelyne Dion déplore de son côté le manque de vision d'ensemble touchant le réseau des bibliothèques. «On remarque qu'il y a dans certaines commissions scolaires une véritable volonté de répondre aux besoins des élèves et des enseignants, alors qu'ailleurs les bibliothèques ont été abandonnées il y a fort longtemps.» Un manque de vision commune qui, selon M. Pouliot, s'explique par la décentralisation du réseau commencée dès 1998. «À ce titre, dit-il, lorsque les commissions scolaires transfèrent aux écoles les budgets destinés aux bibliothèques, il revient à l'école d'établir ses priorités.»

Et les parents dans tout ça? «Il ne faut pas oublier l'apport des parents qui travaillent de façon bénévole dans ce réseau car ceux-ci viennent compenser pour le manque d'effectifs. Je vous dirais que, si ce n'était de l'effort des parents, l'état des bibliothèques serait plus dramatique», tient à dire Diane Miron, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec.