MCML: Reconnaissance

Depuis le temps que tout un chacun la scrute de l'extérieur, au gré de ses avancées en hauteur et en largeur, la Grande Bibliothèque ouvrira toutes grandes ses portes les 30 avril et 1er mai pour montrer qu'elle est aussi splendide de l'intérieur. Cette fin de semaine de reconnaissance sera l'occasion de saisir l'ampleur des immenses collections que recèle l'institution, par le biais de visites guidées. Pour l'emprunt des documents, il faudra toutefois patienter jusqu'au 3 mai.

«La bibliothèque est un mot qui a traversé les siècles, hérité de Ptolémée d'Alexandrie. C'est un beau mot qui parle de lui-même: un endroit où les gens peuvent lire, apprendre, connaître et évoluer par eux-mêmes. La Grande Bibliothèque est une bibliothèque contemporaine qui met à disposition tous les savoirs du monde», déclare son instigatrice et grande défenseure, Lise Bissonnette.

S'il est une image que veut projeter d'emblée l'édifice de la rue Berri, c'est celle d'un lieu convivial et élégant, de culture et de savoir, qui se distingue nettement d'une bibliothèque collégiale ou universitaire. «Les gens sont libres de se promener à leur rythme, soutient la présidente. Je veux que, tout de suite, dès qu'ils entrent, ils sachent qu'ils ne sont pas dans un centre commercial où il faut absolument vous occuper et vous étourdir pour vous intéresser. Les meilleures bibliothèques contemporaines sont celles où l'on n'a pas l'impression qu'on cherche à vous amuser. Ce n'est pas une église non plus où personne ne parle.» L'élégance des lieux avec ses chambres de bois, sa fenestration abondante, ses grandes promenades, son mobilier hyper stylisé signé Michel Dallaire et son escalier monumental, bref, tous les éléments architecturaux sont pensés pour aspirer le citoyen-lecteur vers quelque chose qui dépasse ce qu'il est venu chercher à l'origine, ajoute Lise Bissonnette.

Durant ces deux journées «portes ouvertes», le samedi 30 avril de 10h à 22h et le dimanche 1er mai de 10h à 17h, les futurs usagers auront beau jeu de se familiariser avec un bâtiment — et ses trésors — qui leur appartient. Au programme, des visites guidées toutes les heures pour détailler le contenu des collections disséminées sur six étages. «Les gens tournent autour de la bibliothèque depuis longtemps, observe Lise Bissonnette. Il s'agit d'une reconnaissance des lieux, d'une fête.» La BNQ étant fermée tous les lundis, à l'exception de la section «Actualité et nouveautés» ouverte sept jours sur sept jusqu'à minuit, elle reprendra du service à compter du mardi suivant, le 3 mai, cette fois, pour de bon. Commencera dès lors la mise en opération des activités, prêts, services spécialisés aux différentes clientèles, location de salles, etc.

Plus que l'inauguration elle-même, Lise Bissonnette attend cette journée d'ouverture avec impatience et fébrilité. De son bureau avec fenêtre intérieure qui surplombe la salle de lecture du troisième étage, elle pourra voir à la fois les lecteurs circulant à travers les rayons et ceux qui entreront dans le grand hall, rue de Maisonneuve. «Pour moi, ce sera un moment magnifique», assure-t-elle.

Pour souligner ce moment crucial dans l'histoire de la lecture au Québec, la BNQ a choisi d'illustrer le combat pour la défense des livres, de 1840 à 2004. Intitulée Tous ces livres sont à toi!, l'exposition sera présentée au niveau métro, du

30 avril 2005 à la fin janvier 2006. La direction artistique a été confiée au scénariste Michel Marc Bouchard, qui a approché l'exposition de façon théâtrale, dans un style éclaté qui tranche nettement avec celui auquel nous avait habitués l'ancienne bibliothèque Saint-Sulpice.

Le parcours, annonce-t-on, sera composé de plus de 350 artefacts et oeuvres d'art sélectionnés parmi les trésors de grandes bibliothèques et d'institutions muséales nationales et internationales. Un bel étalage de livres tirés de la collection patrimoniale devrait nous en mettre plein la vue grâce aux décors originaux. Un paquet de petites expositions de moindre envergure mais tout aussi intéressantes se dérouleront simultanément aux différents étages. «Les expositions vont coller à l'actualité le plus possible pour que les gens puissent faire un lien avec le monde extérieur», précise Patrice Juneau, responsable des communications à la BNQ.

Une avancée dans l'histoire des bibliothèques

On se souviendra que l'érection du monumental édifice ne se sera pas faite sans heurts. À maintes reprises, avant et pendant sa mise en chantier, la Grande Bibliothèque aura vu sa pertinence remise en doute devant le piteux état de santé des bibliothèques publiques de la province. Aussi, lorsqu'on demande à sa présidente si la Grande Bibliothèque aura le pouvoir de faire évoluer la petite histoire de la lecture au Québec, la femme de lettres, qui fut un temps dans l'enseignement puis à la tête du Devoir, avance sans détours que la magnifique construction de verre favorisera d'abord et avant tout une percée dans l'histoire des bibliothèques. «Quand j'ai commencé en 1998, on nous disait qu'il fallait s'occuper de toutes les petites bibliothèques en y mettant les sous. C'était vraiment prendre le problème à l'envers! C'est comme si on mettait tout l'argent dans la réussite scolaire au primaire et au secondaire, sans investir dans les collèges et les universités. Si vous créez des petites bibliothèques de 30 000 livres partout au Québec, ça va être les mêmes 30 000 livres partout. Vous n'aurez jamais d'outil pour développer l'ensemble du réseau.»

En ce sens, poursuit-elle, la Grande Bibliothèque est un vaste outil de développement de l'ensemble du réseau, un centre de ressources pour toutes les bibliothèques du Québec.