MCML: Grandes collections

Pour la première fois au Québec, plus de quatre millions de documents, dont un million de livres, seront réunis sous le même toit. D'une ampleur sans précédent, ainsi sont les collections de la Grande Bibliothèque.

Plusieurs bibliothèques dans le monde présentent un caractère à la fois national et public. D'un côté, elles offrent des collections patrimoniales qui comportent toute la bibliographie d'un territoire donné; de l'autre, elles mettent à la disposition des lecteurs une vaste sélection de documents d'horizons divers, qu'ils peuvent emprunter. En cela, la nouvelle Bibliothèque nationale du Québec (BNQ), dont la Grande Bibliothèque (GB) est le lieu de diffusion par excellence, n'a rien d'inusité.

Là où elle innove cependant, c'est dans l'exhaustivité de sa collection patrimoniale rendue accessible à tous les citoyens: quelle que soit la date de publication, de la Conquête à nos jours, la totalité de l'édition québécoise, du premier livre paru au dernier cédérom de l'année, se retrouve maintenant ici, entre les murs du nouvel établissement. «Avoir une vocation nationale et publique à ce point, c'est assez rare, affirme fièrement la présidente de la BNQ, Lise Bissonnette. Nos deux collections sont séparées, mais très accessibles.»



Collections distinctes

La première chose à faire était de réunir les documents en un même lieu, de les cataloguer et de les mettre en rayon. Pendant des mois, on a procédé au déménagement de plus de quatre millions d'entre eux, issus majoritairement de la bibliothèque Saint-Sulpice (l'ancienne BN, rue Saint-Denis), de l'édifice Aegidius-Fauteux avenue de l'Esplanade, de la Bibliothèque centrale de Montréal (BCM) rue Sherbrooke, du centre de conservation de la rue Holt, de l'Institut Nazareth et Louis-Braille, ainsi que de la Magnétothèque, vers la Grande Bibliothèque rue Berri.

Pour rendre compte de la diversité de ses collections, mais surtout de leur dualité, la nouvelle bâtisse, grande comme trois pâtés de maisons sur six niveaux, a misé sur un concept architectural inspiré du titre d'un roman d'Anne Hébert, Les Chambres de bois. Répartie sur trois étages, la première «chambre» donne accès à la collection nationale, qui représente l'ensemble du patrimoine documentaire québécois, soit environ 350 000 titres. S'y trouvent ainsi le deuxième exemplaire du dépôt légal de chaque document publié au Québec, des brochures, des revues, des journaux, des microformes, des publications gouvernementales du Québec et du Canada, des enregistrements sonores, des imprimés musicaux, des documents électroniques, bref, une panoplie d'objets de savoir national disponibles en consultation seulement, sur place, par Internet ou par prêt entre bibliothèques.

Si, sur les 450 000 livres que comportait la Bibliothèque centrale de Montréal, les deux tiers dormaient dans des réserves, et qu'à la Bibliothèque nationale, c'était presque la totalité des documents qui était en magasin fermé, ce libre accès en rayonnage proposé par la Grande Bibliothèque constitue un véritable progrès en soi. «Il y avait là-dedans des choses remarquables, relate Lise Bissonnette. La collection nationale était disponible dans l'édifice Saint-Sulpice et Aegidius-Fauteux, mais dans quelles conditions! On devait remplir la petite fiche, aller au comptoir, demander, attendre... Et si vous aviez besoin d'un périodique en même temps que d'un livre, il fallait prendre la voiture ou l'autobus pour vous en aller à la bibliothèque de l'Esplanade. Ce n'était pas des conditions de consultation normales. Le public était en quelque sorte découragé d'avoir accès à des choses qui pourtant lui appartenaient entièrement.»

Des prêts par millions

Dans la seconde «chambre de bois», là encore le public pourra mettre la main sur des milliers de documents auxquels il avait autrefois accès de manière limitée. La collection universelle de prêt et de référence, étalée sur six niveaux, propose des documents qui couvrent tous les champs de la connaissance, de la littérature à la technologie en passant par les arts, l'histoire, les sciences humaines, les affaires, l'économie, les langues. Avec ses quelque trois millions de documents, dont 475 000 nouvelles acquisitions, la Grande Bibliothèque peut se targuer d'être la bibliothèque publique offrant la plus vaste collection de documents en langue française en Amérique. «On a mené une grande opération d'approfondissement de collection dans tous les domaines, précise Mme Bissonnette. Tous les livres qui existent, mais qui n'étaient pas disponibles ailleurs au Québec, le sont maintenant ici.»

À l'Espace Jeunes, qui occupe un niveau entier, les 0 à 13 ans ne seront pas en reste. Ils pourront choisir parmi les 70 000 documents offerts sur différents supports. Pour ceux et celles qui souhaitent lire dans une autre langue que celle de Molière ou de Shakespeare (à noter que 30 % des titres de la bibliothèque sont en anglais), la Grande Bibliothèque a prévu le coup avec sa collection multilingue au deuxième niveau de l'édifice. Cervantès sera disponible en espagnol, Goethe en allemand et Tolstoï en russe. Environ 20 000 documents pour adultes et 4000 documents pour enfants seront disponibles en arabe, en chinois, en espagnol, en roumain, en créole, en italien, en grec, en allemand, en portugais et en russe. «Les choix de documents sont déterminés par la demande, explique Hélène Roussel, directrice générale de la diffusion. Le développement des collections en langues autres que le français et l'anglais a pour but de répondre aux besoins des nouveaux arrivants et des communautés culturelles, de même qu'aux Québécois qui visitent différents pays.»

La GB compte s'enrichir chaque année de 65 000 livres, de 15 000 documents audiovisuels, et de 2000 abonnements à des revues et journaux, ajoute Mme Roussel. L'institution prévoit aussi étendre ses ressources électroniques. À cet effet, il faut dire que la collection numérique de l'établissement a de quoi laisser baba: 55 000 documents numérisés à ce jour — et en progression constante! — dont des livres, des partitions musicales, des estampes, des cartes postales, des affiches, des plans, et bientôt des livres anciens.

C'est de cette ampleur sans précédent au Québec dont Lise Bissonnette fait l'éloge partout à travers la province, «une ampleur importante non pas pour la taille en soi, mais pour la profondeur des collections». Reste maintenant à les apprivoiser...