MCML: Démocratisation

Dans toutes les grandes bibliothèques du monde, tant européennes qu'américaines, la tendance est à l'accès libre aux documents. La nouvelle Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) a voulu se mettre à la page en mettant ses trésors à portée de main et de clics.

«Le premier pas vers la démocratisation, c'est l'accès, soutient la femme forte de la BNQ, Lise Bissonnette. La Grande Bibliothèque est le premier pas où l'on rassemble les documents, où on les enrichit et où on vous donne ces instruments auxquels vous auriez dû toujours avoir droit. Une fois leur accès assuré, il faut les diffuser.»

Maintenant que la Grande Bibliothèque est érigée et sur le point d'entrer en opération, comment l'institution entend-elle, justement, diffuser ses quelque quatre millions de livres, journaux, revues, brochures, disques compacts, vidéos, alouette?

L'ère techno

D'abord à travers son portail Internet. Un vaste programme de numérisation du patrimoine québécois tout entier est en cours, qui permet aux résidants des quatre coins de la province de consulter en ligne, par exemple, le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, de lire des millions de pages de La Vie en rose, du Petit Journal, de La Minerve, de se rincer l'oeil avec les plus belles estampes d'artistes québécois ou de cartes postales du Québec du XXe siècle, ou encore d'entendre des pièces musicales enregistrées dans la première moitié du siècle dernier...

La collection numérique ne s'arrête pas là. Près de 100 ressources électroniques vont donner accès à des dictionnaires en ligne, à des encyclopédies, des répertoires statistiques, des périodiques électroniques, et ainsi de suite. Tout ce dont l'usager aura besoin pour parvenir à la plupart de ces bases de données spécialisées à partir de son bureau ou de la maison, c'est son numéro d'abonné à la bibliothèque. À noter que la BNQ fait partie du CAREQ, un consortium d'acquisition de ressources électroniques des bibliothèques publiques du Québec, qui procède à l'achat commun de ressources électroniques pour toutes les bibliothèques publiques participantes.

L'«interbibliothèque»

Pour ceux et celles qui sont allergiques à l'info numérique, la BNQ propose une autre façon d'accéder à ses collections. Grâce à un catalogue collectif présentement en développement, les résidants de Saint-Jérôme, par exemple, pourront faire venir de la BNQ des documents inexistants dans leur bibliothèque locale. Mais il y aura des limites aux prêts entre bibliothèques, appelés d'ores et déjà PEB. «La Grande Bibliothèque n'a pas pour objectif de fournir les "best-sellers" à tout le monde, précise Hélène Roussel, directrice de la diffusion. Ce ne sont pas des exemplaires manquants qu'on va prêter, ce sont des titres manquants. Le PEB n'est pas là pour transporter les livres inutilement. Les nouveautés, les revues et les journaux en seront soustraits.»

Mme Roussel, qui a travaillé près de

20 ans dans le réseau des bibliothèques de la Ville de Montréal, prévoit que le catalogue collectif aura pour effet de provoquer une augmentation importante des emprunts. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à la Ville, une fois l'informatisation des documents complétée. «Maintenant, on cherche de chez soi dans un catalogue, on repère la bibliothèque où se trouve le livre et on y va. C'est sans doute la même chose qui va se produire avec l'ouverture de la Grande Bibliothèque», prédit-elle.

En encourageant le PEB, peu utilisé jusqu'à maintenant dans les bibliothèques municipales, la BNQ veut favoriser la mise en réseau des différentes bibliothèques, compléter leurs offres de service, mais surtout pas les remplacer! Car un réseau fort est constitué de bibliothèques fortes, explique Hélène Roussel. «Pour que les bibliothèques locales soient fortes, chacune doit rendre un service de proximité et se faire aider des autres.»

Dans cette optique, la BNQ travaille actuellement avec ses consoeurs de plus petite taille pour mettre sur pied un service de référence coopérative virtuel, comme cela se fait ailleurs au Canada anglais, aux États-Unis ou en Europe, où chaque bibliothèque contribue au service en continu à raison de quelques heures par semaine. De sorte qu'un usager de Granby qui achemine une question par courriel ou téléphone pourra obtenir réponses à ses questions d'un bibliothécaire de Gatineau ou de Sherbrooke!

Faire plus pour ceux qui en ont moins

Mais aux yeux de Lise Bissonnette, tout cela n'est pas encore assez puisque les gens qui se rueront les premiers dans la belle bâtisse du quadrilatère Berri, ce sont les «convaincus d'avance». L'important, croit-elle, ce n'est pas eux car ils se débrouillent très bien, ne posent presque pas de questions, circulent aisément, sont enthousiastes et enchantés. «Ce qu'il faut faire, c'est travailler avec les organismes, les écoles, les groupes communautaires d'alphabétisation, l'éducation aux adultes, avec les gens qui font l'accueil aux immigrants, dit-elle, faisant remarquer que la BNQ offre aux nouveaux arrivants des services tels qu'une collection multilingue, un laboratoire de langues, des visites guidées en plusieurs langues, des formations adaptées, etc. «Il faut faire plus pour ceux qui en ont moins, poursuit-elle. C'est là qu'on doit pousser d'un cran notre travail de diffusion.»

À son avis, il y a une analogie à faire avec le système d'éducation. «Lorsque le réseau des Universités du Québec a finalement couvert l'ensemble du territoire à partir des années 1970, cela a un peu massifié l'éducation. Mais il y a encore du travail à faire.» Le défi de la BNQ consiste donc à rejoindre sur le terrain une tranche de la population qui est passée à côté de la lecture, et qu'elle tentera de séduire. La nomination de Montréal, capitale mondiale du livre, arrive à point nommé, et la présidente entend bien faire participer la nouvelle institution à tous les travaux possibles en matière de promotion de la lecture.