MCML: L'île des livres

L'intégration du réseau des bibliothèques montréalaises a permis une nette augmentation de la fréquentation. Et un million de fois plus encore, les livres sortent de leurs rayons!

Depuis la fusion municipale de 2001 et l'intégration du réseau des bibliothèques, les citoyens de Montréal investissent de plus en plus les bibliothèques des autres arrondissements. «On a eu une affluence monstre en 2002-03 à la bibliothèque de Westmount. Les Montréalais l'ont littéralement envahie. Les bibliothèques d'Anjou, de Côte-Saint-Luc et de Côte-des-Neiges ont aussi noté une importante augmentation de l'affluence à la suite de la fusion», se rappelle Louise Labory, directrice associée, bibliothèques, à la Ville de Montréal depuis janvier 2002. «Le désir de partager, de coopérer, a toujours fait partie du paysage des

bibliothèques.»

Depuis lors, pas moins de un million de prêts supplémentaires par année ont été enregistrés dans tout le réseau. Après plusieurs années de stagnation, la fusion a donc permis d'augmenter l'achalandage des bibliothèques montréalaises. La moyenne actuelle de prêts est de 12 millions par année. Un autre succès de la fusion est de permettre la libre circulation des livres: «Les lecteurs sont curieux, ils veulent découvrir les collections des autres bibliothèques. Ils y découvrent aussi différentes offres de service: heures d'ouverture variées, services particuliers. Tout cela contribue à donner le goût de la lecture», affirme Mme Labory.

«Nous avons à Montréal un noyau de lecteurs qui constitue la clientèle fidèle de nos bibliothèques. Le taux de pénétration est actuellement de 40 %. Cela est très bien, mais il y a encore 60 % de la population à aller chercher. Si l'on se compare à d'autres villes canadiennes mieux dotées, certaines atteignent un taux de fréquentation de 60 à 70 %», explique la bibliothécaire en chef. Les bibliothèques de Montréal se donnent donc pour mission d'attirer les jeunes, les personnes âgées, même celles qui ont des problèmes de vision, grâce à la collection de livres audio. «Nous essayons d'offrir le maximum de services à nos abonnés. On veut aller chercher les jeunes décrocheurs, les personnes analphabètes, les nouveaux arrivants, qui ne lisent ni le français, ni l'anglais. On veut favoriser l'auto-apprentissage, l'autofréquentation. Pour ce faire, on doit rehausser nos installations, couvrir plus de secteurs de la ville et regarnir les collections.»

Des défis à relever

À l'occasion du Sommet de Montréal en 2002, le gouvernement du Québec s'est engagé à investir dans le réseau des bibliothèques, et Louise Labory espère que la promesse sera tenue. La Ville de Montréal s'est elle aussi engagée à travers sa récente politique culturelle. «On veut aller chercher le plus de partenaires possible, tant dans le privé qu'au gouvernement fédéral. Il faut rallier le plus de gens possible à notre projet, qui est somme toute raisonnable, soit de ramener le niveau du réseau de nos bibliothèques à celui des villes canadiennes de 500 000 habitants et plus. On ne veut même pas rattraper le niveau de Toronto ou de Vancouver, car cela serait irréaliste, impossible à atteindre financièrement.»

Ce retard des bibliothèques montréalaises par rapport aux autres villes canadiennes serait le résultat de différences culturelles et historiques, selon la directrice. «Les anglophones, qu'ils soient américains ou britanniques, possèdent une tradition du livre qui est ancrée dans leurs moeurs. Pendant que les catholiques se faisaient interpréter les Écritures par le clergé, les protestants devaient lire eux-mêmes la Bible. Et ils ne lisaient pas seulement des ouvrages religieux, d'où une culture de la lecture qui leur procure une avance historique. Mais nous sommes confiants de pouvoir procéder au rattrapage — nous nous donnons un horizon de dix ans.»

Le bilan du réseau des bibliothèques de Montréal est donc généralement positif et laisse présager une augmentation de la fréquentation au cours des prochaines années, grâce à l'augmentation des ressources investies dans le réseau. «Les Montréalais sont de plus en plus attachés à leurs bibliothèques, ils exigent des services. On a besoin de livres aujourd'hui. C'est tout aussi important d'investir dans les bibliothèques que dans les aqueducs, et ça, on espère que la Ville l'a bien compris. De notre côté, on est confiant de pouvoir faire le rattrapage nécessaire. Après tout, on possède l'avantage du dernier arrivé, on ne doit pas passer par le chemin de Damas des autres, on va aller directement vers les solutions les plus profitables», conclut Louise Labory.

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Un grand réseau

C'est au début des années 1980 qu'un réseau de communication se tisse entre les bibliothèques des quartiers de l'ancienne ville de Montréal, parallèlement à un second réseau comprenant les bibliothèques des anciennes villes devenues aujourd'hui des arrondissements, comme Anjou et Pointe-aux-Trembles. Puis, avec la fusion municipale en 2001, c'est le début de l'intégration complète du réseau, qui se poursuit en ce moment. Il y a actuellement 54 bibliothèques membres du réseau montréalais, qui en comptait encore 56 l'an dernier, avant les fermetures de la Bibliothèque centrale et de la Phonothèque, dont les collections ont été transférées à la GB.