MCML: Mots et images

Montréal se transformera au cours de la prochaine année en un promoteur acharné du livre et de la lecture. Du moins, c'est ce que laisse entrevoir la programmation de «Montréal, capitale mondiale du livre (MCML)».

Les organisateurs de «Montréal, capitale mondiale du livre» proposent pour les 12 prochains mois des activités nombreuses dont la liste devrait se consolider au fil des mois. et ce au rythme des subventions et des commandites. L'objectif poursuivi est de témoigner de la vitalité du livre et d'en rendre compte au plus grand nombre, tant aux aficionados qu'au grand public.

Ville d'histoire et de lecture

L'autre Montréal, un collectif d'animation urbaine organisant des circuits thématiques à l'intérieur de la ville, proposera cette année, à l'occasion de MCML, un parcours clairement inspiré par la lecture. «On désire montrer comment le livre et la lecture se sont progressivement imposés dans notre société. Il sera donc question de la première imprimerie, des premiers libraires, des bibliothèques privées et publiques du début du XXe siècle», résume le coordonnateur de cette initiative, Bernard Vallée.

On y présentera entre autres les volets économiques et physiques propres à l'édition, ainsi que les idéologies et les principes religieux qui ont marqué en profondeur l'histoire montréalaise du livre. Comme à l'habitude, le circuit proposé par le collectif parcourra les quartiers de la métropole en soulignant les caractéristiques qui leur sont propres; une occasion de faire la rencontre d'auteurs connus et moins connus venant aussi bien des communautés anglophone et francophone que des différentes communautés culturelles qui, au fil des décennies, ont su colorer et animer la métropole.

Comme en fait foi le circuit littéraire, plusieurs initiatives s'inscrivent à l'intérieur d'un vaste mouvement de promotion et de reconnaissance. Douze ambassadeurs — un pour chaque mois — prendront la parole tout au long de l'année afin de mettre en avant leur goût pour la lecture. Pour sa part, l'association Accents graves Québec aménagera 12 postes d'écoute aux quatre coins de la métropole afin de permettre aux Montréalais d'écouter les enregistrements de 12 écrivains. Dans la même veine, les Productions Rhizome réaliseront une soixantaine de capsules-quiz littéraires qui seront projetées au cinéma avant les représentations.

Le réseau des bibliothèques de la ville sera également mis à contribution. Si souvent qualifié de parent pauvre du secteur littéraire, le réseau profitera certainement de l'occasion pour tenter de redorer son blason. Donc, tout au long de l'année, les 56 bibliothèques montréalaises organiseront des activités afin de rehausser leur visibilité et, du même coup, leur vitalité. Divers moyens seront mis en oeuvre afin de faire connaître les auteurs, d'hier et d'aujourd'hui, de littérature montréalaise et québécoise. Il y aura, entre autres, sous le titre de «Bibliothèque à la rescousse», la mise en place d'ateliers d'aide à l'apprentissage destinés aux élèves de 3e et 4e années. Il s'agira ainsi de démontrer qu'une bibliothèque doit dépasser l'entreposage de publications et être considérée comme un soutien pour l'éducation.

Ville de débats et de réflexion

Si l'ouverture de la Grande Bibliothèque, le 30 avril prochain, sert de fer de lance à cette année destinée à la lecture, le Symposium international sur le droit d'auteur, qui se déroulera du 23 au 25 avril 2006, devrait pour sa part être perçu comme l'événement de clôture de Montréal, capitale mondiale du livre.

Organisé par l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), le symposium «se veut un lieu de réflexion sur le droit d'auteur, une occasion de faire le point sur les grandes tendances dans ce domaine», résume le président de l'ANEL, Jean-Louis Fortin. Cette rencontre d'envergure internationale qui se déroule tous les quatre ans accueillera plus de 300 éditeurs, spécialistes et représentants gouvernementaux. À ce jour, les thèmes précis qui y seront abordés et débattus ne sont pas encore déterminés. Néanmoins, il devrait, comme à l'habitude, être question de concepts tels que l'accessibilité et la gratuité des oeuvres.

On présume que les nouveaux défis que soulèvent l'évolution et l'accessibilité toujours grandissante d'Internet devraient également être au menu du symposium. À titre d'exemple, M. Fortin souligne le danger que représentent les intentions déclarées de Google de numériser des oeuvres littéraires afin de les rendre accessibles à l'ensemble des internautes: «On arrive à un moment où l'ensemble de la géographie du droit d'auteur peut être transformée de façon importante. Google en est un exemple. On a d'ailleurs invité son président à participer au Symposium.»

Les universités devraient également participer à cet exercice de réflexion. L'Université de Montréal, par exemple, a l'intention, au cours d'une série de quatre soirées baptisée le «Printemps du livre savant», de célébrer ces ouvrages du savoir qui ont de tout temps tenté de cerner avec précision leur réalité et leur environnement. Des rendez-vous avec les rejetons de l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert qui se tiendront dans le cadre des Belles soirées et matinées qu'organise l'UdeM, les jeudis 28 avril, 5, 12 et 19 mai.

Pour sa part, le comité organisateur de MCML tentera d'engager le dialogue avec les parents d'élèves lors d'un forum qui abordera l'importance des bibliothèques scolaires dans le développement du goût pour la lecture chez les enfants et les adolescents. Celui-ci se déroulera le 24 octobre prochain à la Grande Bibliothèque. Cet événement s'ajoute aux nombreuses activités, planifiées par le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires et la Ville de Montréal, qui seront proposées aux jeunes des écoles et des centres de la petite enfance.

La mémoire du livre exposée

La littérature jeunesse québécoise a su se tailler une place de choix dans le domaine de l'édition. À travers leurs récits et aventures, plusieurs écrivains ont offert un accès privilégié à l'univers distrayant de la lecture. C'est en quelque sorte pour leur rendre hommage que l'exposition 100 % Audace est présentée depuis le début du mois au Musée du Château Dufresne.

«L'exposition est faite en association avec la Bibliothèque internationale de jeunesse de Munich, la bibliothèque qui est certainement la mieux garnie au monde dans le domaine de la littérature jeunesse. Cette exposition interactive vise à faire la promotion des auteurs et des illustrateurs dans le domaine de la littérature jeunesse», explique Pierrette Gravel de Communication Jeunesse, l'organisme responsable de cette initiative. Il s'agit donc d'une rencontre en images et en lecture avec les artisans québécois de livres destinés aux jeunes de moins de 12 ans.

«On désire rendre ça amusant afin de captiver l'attention des enfants et de les intéresser à la lecture. Par exemple, on organisera des activités comme des chasses au trésor», souligne-t-elle. L'exposition 100 % Audace est présentée au Musée du Château Dufresne jusqu'au 31 juillet. Par la suite, l'exposition voyagera à Québec et en Allemagne.

Deux autres expositions sont également prévues dans le cadre de MCML. La première, intitulée Je lis Montréal, est de nature photographique. Son objectif: démontrer que la lecture est omniprésente et qu'elle fait partie intégrante de notre société. Pour ce faire, les organisateurs de l'événement — les Éditions de l'Homme et Reporters communication — présenteront au cours de l'été, sur l'avenue McGill College, une série de photographies inspirées par le thème de la lecture. Cette exposition sera également présentée au festival Montréal en lumière. Ce projet photographique devrait faire l'objet d'une publication.

L'autre exposition dont il est question mettra en valeur une douzaine de sculptures sur bois de l'éditeur Alain Stanké. Cette exposition s'inspire également de la lecture. Elle sera présentée en trois volets dès le 23 avril à l'Hôtel de ville de Montréal. Par ailleurs, une exposition plus substantielle devrait mettre en valeur une soixantaine d'oeuvres au Hall des pas perdus de la Place des Arts du 30 mai au 27 juin.

Également inspirée par la thématique de la mémoire, la Ville de Montréal fera don à l'UNESCO d'une oeuvre qui servira à l'avenir de lien entre les différentes capitales mondiales du livre. Cet objet d'art, conçu par un artiste québécois dont on ne connaît pas encore l'identité, s'articulera autour du thème «Les tiroirs de la mémoire». Il aura pour fonction d'accueillir les compositions sur papier d'artistes représentant les prochaines capitales mondiales du livre. On souhaite ainsi créer une continuité et faire le pont entre les villes et les cultures hôtesses de cet événement.

La lecture, c'est la culture!

La Ville de Montréal fera un effort particulier, tout au long de l'année, pour arrimer la lecture aux activités, événements et festivals qu'elle organise annuellement. Ainsi, les 20 et 21 août prochain, dans le cadre de la septième édition de la Fête des enfants qui se tient au parc Maisonneuve, elle proposera une pièce de théâtre destinée aux enfants âgés de 5 à 11 ans: Le Théâtre des livres vivants. «Il s'agit d'une occasion pour les jeunes de faire connaissance et de rencontrer, par le biais d'une pièce, les personnages de leurs récits jeunesse favoris ainsi que leurs auteurs», résume un des coordonnateurs de l'événement, Denis Vézina. Ce spectacle s'inscrit incontestablement dans un exercice de promotion de la lecture. Six représentations devraient avoir lieu au cours de cette fin de semaine. Par la suite, la pièce se promènera dans les divers arrondissements de la ville afin de rejoindre un public plus vaste.

Ce type d'initiatives se multipliera et se répétera tout au long de l'année. Plusieurs festivals intégreront à leur programmation, avec l'aide de la Ville de Montréal, des activités liées aux livres et à la lecture. C'est le cas du Salon du livre de Montréal et de plusieurs célébrations estivales faisant office de porte-étendard des différentes cultures qui se côtoient sur l'île. Toutefois, les détails relatifs à ces activités ne sont pas encore disponibles. Ils seront dévoilés au fur et à mesure que l'année avancera, au rythme des événements.

Les événements de ce genre débuteront dès l'inauguration de MCML, lors de la fin de semaine d'animation qui se déroulera à la Place des Arts les 23 et 24 avril et qui servira de premier contact entre les passionnés de lecture et les artisans du livre. On y attend plus de 200 écrivains et artistes. Une telle rencontre devrait permettre de souligner que la lecture reste incontestablement un inconditionnel de la culture québécoise.

Informations supplémentaires: http://mcml.canoe.com