MCML: Une autre année du livre

Stanley Péan, président de l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) explique que, selon lui, «avant d'être la capitale mondiale du livre, [Montréal] est la capitale américaine du livre francophone». Ce qui fait sa particularité et a sans doute contribué à ce qu'elle reçoive le titre de capitale mondiale du livre, c'est le fait que «l'essentiel des éditeurs francophones de ce continent sont ici, donc tout ce qu'il y a d'artistique, non seulement les éditeurs mais les auteurs, se retrouve autour de cette ville. Dans une langue qui est loin d'être la dominante sur ce continent», selon l'écrivain.

L'UNEQ a pour mission de promouvoir la littérature québécoise et de rendre celle-ci accessible au pays et à l'étranger. Son directeur déplore le fait qu'en général, le livre n'occupe pas encore assez de place à Montréal. «Peut-être que ça [Montréal, capitale mondiale du livre] va changer la donne, c'est ce qu'on souhaite, dit-il. Car trop souvent les événements littéraires sont comme des coups d'épée dans l'eau. Il y a un gros "buzz" médiatique autour [de certains salons et festivals] mais le reste de l'année, le livre n'est pas à l'agenda. Peut-être que cette année complète où l'on va essayer de faire de Montréal une capitale mondiale du livre va avoir des répercussions et faire en sorte que le livre soit plus présent dans nos vies, plus présent sur la place publique», espère-t-il.

Les festivals fêtent le livre

Une chose est certaine: cette année, les différents festivals montréalais se sont tous donné le mot pour que la métropole fasse honneur à son nouveau titre de capitale mondiale du livre. Pendant toute l'année, des activités de toutes sortes s'enchaîneront.

- Metropolis bleu, devenu après huit ans d'existence un incontournable du paysage littéraire montréalais, promet encore une fois de transformer celui-ci en 2005. Bien que son Festival littéraire international de Montréal annuel Metropolis bleu vienne tout juste de prendre fin, l'organisme n'a pas fini de fêter le livre cette année.

Avec son projet «Une ville, des mots», élaboré en collaboration avec la Ville de Montréal, la Fondation Metropolis bleu compte, dans le cadre de «Montréal, capitale mondiale du livre (MCML)», inscrire de façon permanente 50 extraits d'oeuvres d'écrivains montréalais sur les murs de la ville. Les emplacements seront déterminés selon les lieux cités dans les oeuvres choisies. Ainsi, la Fondation — dont les bureaux sont situés rue Rose-de-Lima, théâtre du roman de Gabrielle Roy Bonheur d'occasion — souhaite rendre plus accessibles les oeuvres littéraires montréalaises. Prenant à la lettre le proverbe voulant que «les écrits restent», Metropolis bleu, en transformant Montréal en un «livre ouvert», permettra aux Montréalais de continuer à célébrer le livre pendant encore bien des années.

www.blue-met-bleu.com

- Les Bouquinistes du Saint-Laurent, un événement annuel s'inspirant des célèbres boîtes vertes des bouquinistes parisiens, préparent pour l'occasion de nombreuses activités. L'écrivain Dany Laferrière recevra les confidences des lecteurs et animera des débats abordant différents thèmes, de l'homosexualité au bonheur en passant par la solitude et l'érotisme.

Ces rencontres, que la présidente de l'événement, Hélène Tirole, décrit comme des rendez-vous de type «café-philo», permettront au public de réfléchir, «un livre à la main», sur différents thèmes de la littérature et de partager des idées de lectures. Du 16 juin au 10 juillet, les Bouquinistes du Saint-Laurent — fondés en 1992 à Montréal, année où l'UNESCO consacrait les Bouquinistes de Paris patrimoine culturel mondial — offrent spectacles, animation, café-terrasse et autres plaisirs dans une ambiance festive. Nomades, les Bouquinistes se dirigeront ensuite vers Québec, Gatineau et Ottawa.

www.lesbouquinistes.org

- L'année 2005 amène beaucoup de changements pour le Festival international de la littérature (FIL). Changement de dates d'abord: le Festival, qui avait habituellement lieu en mai, se transporte à l'automne, du 16 au 24 septembre. Selon Michelle Corbeil, directrice du FIL, ce déménagement fera en sorte que les principaux festivals de littérature soient un peu plus étalés tout au long de l'année, ce qui coïncide donc avec le but de MCML de fêter le livre pendant une année entière.

De plus, l'événement, qui bénéficiait depuis ses débuts du cadre de l'UNEQ, vole désormais de ses propres ailes avec un conseil d'administration spécifique. Le FIL prévoit conserver la même formule, caractérisée par son côté multidisciplinaire, et compte célébrer Montréal en grand. Les détails de la programmation des activités organisées par le FIL dans le cadre de MCML seront disponibles sous peu.

www.festival-fil.qc.ca

- Afin de célébrer le livre à Montréal, le Festival du monde arabe (FMA) ajoute cette année un volet «livres» à sa programmation. Sous le thème de la féminité, le FMA recevra plusieurs grands noms de la littérature féminine arabe, dont Assïa Djebar, Ghada Samman, Hoda Barakat, Hanane Haj Ali et d'autres encore, qui partageront leur expérience de femmes auteures et traiteront du rapport entre art et pouvoir, ainsi que des thèmes récurrents dans leurs oeuvres et de ce qui les inspire. Le FMA, qui aura lieu cette année du 28 octobre au 13 novembre, présentera également, en collaboration avec l'Institut du monde arabe de Paris et l'UNESCO, la première version des Mille et une nuits. Le colloque annuel du FMA se déroulera autour du thème «Femmes d'Orient, femmes d'Occident: mythes et réalité» en présence d'auteures d'ici et d'ailleurs.

En plus de ces projets visant à mieux faire connaître les auteurs francophones de culture arabe, particulièrement les femmes auteures, le FMA prévoit, entre autres, des activités jeunesse qui permettront aux enfants de découvrir d'autres cultures au moyen des livres.

www.festivalarabe.com

- Le Salon du livre de Montréal (SLM), édition 2005, s'annonce l'un des principaux éléments rassembleurs de l'événement MCML. Toujours très populaire, le Salon du livre reçoit chaque année des milliers de visiteurs à la Place Bonaventure, dont 124 000 l'an dernier. Cette année, pour la 28e édition, les célébrations risquent d'en attirer encore plus, du 17 au 21 novembre.

Pour l'occasion, le SLM réalisera deux projets en collaboration avec MCML. Le premier visera à célébrer les auteurs canadiens dont les oeuvres ont connu du succès à l'étranger et, au moyen d'un catalogue virtuel (disponible dès avril sur le site du SLM) recensant ces auteurs et leurs oeuvres, de faire connaître ceux-ci aux lecteurs montréalais. Les oeuvres seront également rendues disponibles par le biais d'expositions. Le deuxième projet permettra, quant à lui, au public montréalais de mieux connaître les oeuvres d'auteurs étrangers et donc de réaffirmer le caractère international de Montréal. Pour ce faire, le SLM espère pouvoir accueillir, à titre d'invités d'honneur, des auteurs en provenance des cinq continents. Les noms des auteurs participants seront annoncés d'ici au 30 juin.

www.salondulivredemontreal.com

Célébrer le livre toute l'année

Tout au long de l'année, d'autres événements prendront forme afin de célébrer la vie du livre montréalais. N'oublions pas de mentionner le festival Voix d'Amériques, dont la 4e édition a eu lieu en février dernier et qui prévoit, comme chaque année, célébrer le spoken word et la littérature orale en 2006.

L'UNEQ s'apprête aussi à fêter en grand en permettant entre autres au public de découvrir plus de 200 oeuvres québécoises de fiction publiées entre 1945 et aujourd'hui. En collaboration avec la Quebec Writers' Federation (QWF), ces oeuvres seront présentées sur Internet dans les librairies et bibliothèques où des lectures auront également lieu. De plus, les membres de l'UNEQ seront présents tout au long de l'année, autant lors des tables rondes que des activités de lecture et autres événements publics.

«Il semble y avoir quelque chose autour de cet événement-là [MCML] qui fait qu'on a envie de mettre le livre au programme. On ne peut que s'en réjouir, croit Stanley Péan. Mais il faut que ça soit plus que seulement pour l'année. Il faut que ça ait des répercussions, que ça devienne normal [...] de faire référence à des livres.»