Édition - Lutins et petits cochons

Le Vilain Petit Canard, Les Trois Petits Cochons, Les Lutins et le Cordonnier, vous connaissez? Tant mieux pour vous. Car il semble que les contes traditionnels n'aient pas eu la cote au cours des dernières années.

C'est du moins ce que Dominique Demers a constaté lorsqu'elle a demandé à des spécialistes de la littérature jeunesse de sélectionner des oeuvres qui seraient lues à son émission, Dominique Raconte. Le seul que les spécialistes aient retenu, en fait, était La Princesse au pois. C'est ce qui a donné l'idée à Dominique Demers de faire reprendre certains contes classiques du répertoire traditionnel par des auteurs québécois d'aujourd'hui.

C'est ainsi qu'est née la collection «Contes classiques» de la nouvelle maison d'édition Imagine, fondée récemment par Dominique Demers et Claude Veillet. Pour eux, Le Vilain Petit Canard a été réécrit par François Gravel et illustré par Steve Beshwaty, Les Trois Petits Cochons

a été réécrit par Christiane Duchesne et illustré par Marie-Louise Gay et Les Lutins et le Cordonnier a été raconté par Gilles Tibo et illustré par Fanny. Au même moment, Imagine lançait un conte moderne intitulé Le Roi voleur d'histoires, écrit par Pierrette Dubé et illustré par Philippe Germain, et Tous les soirs du monde, un récit poétique signé par Dominique Demers et illustré par Nicolas Debon.

Au cours des dernières années, constate Dominique Demers, «il y a eu une mode qui visait à revamper les contes pour enfants à la sauce humoristique. On mettait par exemple les trois petits cochons dans un gratte-ciel à New York ou on inventait un Petit Chaperon vert». Mais les contes traditionnels eux-mêmes étaient délaissés. Les maisons d'édition qui en publiaient, poursuit Mme Demers, se lançaient soit dans des projets d'un esthétisme extraordinaire «qui gagne des prix

mais ne touche pas les enfants», soit dans des versions racoleuses et édulcorées.

Les éditeurs d'Imagine ont donc décidé de recruter ceux qu'ils considèrent comme étant les meilleurs auteurs et les meilleurs illustrateurs québécois pour réécrire et illustrer une série de contes traditionnels.

«Ils se sont donc tapé une douzaine de versions classiques pour accoucher de leur version à eux», dit-elle. Dominique Demers voulait aussi des contes dont n'importe quel parent, sans être animateur ou comédien, serait capable de transmettre la magie.

Dans leur forme traditionnelle, c'est-à-dire comme Grimm, Perreault ou Andersen les ont créées, les histoires sont plus longues, plusieurs mots utilisés sont anciens et les contes comportent beaucoup de descriptions, a constaté Dominique Demers. Il est ardu de les lire en 15 minutes à un enfant au moment d'aller au lit. Elle ajoute par ailleurs que ces contes sont «parfois très durs». Elle en cite un dans lequel «la méchante marâtre est punie en dansant dans des souliers de fer rougis jusqu'à

ce que mort s'ensuive», par exemple. Dominique Demers, qui a fait des études poussées en littérature pour la jeunesse à travers les âges, note qu'il y a 300 ans, on ne considérait pas l'enfant comme étant très différent de l'adulte. Dans sa collection de contes classiques, elle demande aux auteurs de s'adresser «aux enfants d'aujourd'hui avec des valeurs d'aujourd'hui». Quant à ceux d'hier, comme vous et moi sans doute, ils retrouveront les ruses des petits cochons envers le loup ou les complexes du petit canard avec un plaisir inaltéré.