Littérature américaine - Le vacillement de Sylvia Plath

Londres, 1962. Il fait si froid. Sylvia Plath, avec ses deux enfants de trois ans et onze mois, lutte contre la solitude et l'abandon. La poétesse américaine ne se réveille pas d'une torpeur qui l'enferme et lui bouche l'avenir. Elle réside pourtant dans l'ancien domicile de W. B. Yeats. Mais c'est à Ted Hughes, son mari volage, qu'elle pense. À sa rivale. Il a tué son mariage. Elle se sent dépassée par les événements.

Elle vient de finir son premier roman, La Cloche de détresse, et elle caresse quarante et un poèmes achevés. Dans ses écrits, elle n'a jamais caché ses coups de canif à la vie, les bavures du ressenti, les entorses à l'équilibre. Elle ne parle pas de ce qu'elle sait, mais de sa vie. Or ses mots d'esquive à la souffrance ont paru s'agripper à un coeur apaisé. Qui a vraiment su l'épouvante de ses défis immenses, de son intimité brisée, des mots durs qui se sont dressés irrémédiablement entre elle et lui?

Kate Moses, Californienne née en 1962, au moment où Sylvia Plath se débat dans la dépression, trace un portrait tout en finesse de cette femme douée, incapable de tenir le stress de ses propres décisions. Dans ce premier roman, primé, Moses campe le tableau d'un échec qui refuse de se laisser digérer et dissoudre dans l'expérience. Elle montre aussi la quête d'un rythme autre qu'affolé, les conditions favorables, les rencontres bénéfiques, les pensées nuancées et subtiles de Plath.

Très documenté, ce roman plonge avec intelligence autant dans les archives concernant Plath que dans les détails de la vie quotidienne, dont certains, relatifs aux enfants, proviennent de la famille de l'auteur. Pour s'approcher de la réalité, rien n'est ainsi laissé au hasard de l'imagination. Les relations de Plath avec Hughes sont attentivement campées, à partir des sources que Moses a méditées avec patience. La poésie y tient une place essentielle. La solitude du poète n'est pas un thème, mais une ambiguïté de la vie.