Littérature française - Nuit bleue à Valparaíso

Le livre sent l'écume et le varech, les parfums bon marché, le plaisir et le grand large. Ce roman, «qui n'est pas autobiographique mais où tout est vrai», avouait son auteur, se passe en une seule nuit, «une nuit bleue et noire, une nuit parmi tant d'autres». Vingt-quatre heures dans le ventre d'une ville parmi d'autres: Valparaíso, port mythique du Chili.

Ville faite de bric et de broc, avec ses funiculaires déglingués et ses collines, son seul quai et ses mille bordels, cette labyrinthique «vallée du Paradis» alimente depuis longtemps l'imaginaire des voyageurs au long cours.

Le premier roman d'Alain Jaubert, 64 ans, nous fait le portrait d'un port et le récit d'une escale qu'y font deux marins de 18 et 20 ans, tout juste débarqués en 1958 d'un cargo en provenance de Marseille. Leur désir de tout voir, de tout parcourir, de tout vivre. Jusqu'au vertige. Le cul des filles, rond comme un poème, l'alcool jusqu'à la nausée, les rencontres improbables. À cette débauche initiatique se mêlent les souvenirs de la traversée et ceux d'autres escales: Plymouth, New York, la Martinique, le canal de Panama.

Ami proche de Philippe Sollers (qui l'édite dans la collection qu'il dirige depuis une vingtaine d'années chez Gallimard), Alain Jaubert a fait son service militaire dans la marine française (une expérience qui a en partie nourri Val Paradis), avant de devenir journaliste scientifique, enseignant, puis producteur et réalisateur de télévision. On lui doit notamment des films sur Casanova, Nietzsche, Michaux et Musil, aussi bien que Palettes, une série documentaire sur la peinture présentement diffusée à Artv.

Val Paradis est un torrent d'images, d'odeurs, de mots et de désirs qui emporte au loin son lecteur, avec des phrases qui font huit pages, des noms de femmes à faire rêver, des histoires de naufragés. Un roman sensuel et musical, mélange parfait de jazz et de vieux blues. Un éloge des départs qui se construisent autour d'une carte, nourris par les livres d'images et les récits fantastiques de voyageurs réapparus: Melville, Conrad ou Cendrars.

Puis en le refermant, nous revient cette phrase du Fermina Marquez de Valéry Larbaud: «Plus tard, quand nous serons des hommes, nous irons en Amérique du Sud.»

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Alain Jaubert sera présent cette semaine à Montréal.

Il donnera une entrevue publique animée par Stéphane Lépine à la librairie Gallimard, le mardi 19 avril à 17h30. Renseignements: (514) 499-2012.