Prix littéraire des collégiens - Pan Bouyoucas, chouchou des collégiens

L’écrivain Pan Bouyoucas est entouré de collégiens qui ont choisi son roman, Anna Pourquoi. Photo: Steven Leblanc, collaboration spéciale
Photo: L’écrivain Pan Bouyoucas est entouré de collégiens qui ont choisi son roman, Anna Pourquoi. Photo: Steven Leblanc, collaboration spéciale

Québec — L'écrivain Pan Bouyoucas a reçu hier le Prix littéraire des collégiens pour son roman Anna Pourquoi à l'occasion du Salon du livre de Québec. Pour le jury composé de quelque 500 jeunes, cet événement a mis un terme à de longues semaines de lectures, de délibérations et de découvertes.

Saluant la «simplicité minimaliste» et «les profondeurs insoupçonnées» de ce petit livre édité chez Les Allusifs, Fannie Lacasse-Pelletier, du Collège St. Lawrence, à Québec, a résumé son coup de coeur en ces termes: «C'est une histoire magnifique qui se dévore tout simplement [...]. Anna Pourquoi? Parce que.»

Une cinquantaine de jeunes des quatre coins du Québec ont pris part à la remise de prix hier après-midi dans le cadre du Salon international du livre de Québec. À la fois fébriles et très rigoureux dans leurs critiques, les jeunes membres du jury, majoritairement composé de filles, se sont succédé au micro pour évoquer les points forts de chacun des ouvrages. Réunis la veille dans un hôtel de Québec, ils avaient délibéré plus de deux heures et demie avant de fixer leur choix sur Anna Pourquoi.

Visiblement très ému, Pan Bouyoucas a fait remarquer que c'était la première fois qu'il recevait un prix pour un de ses romans, disant se réjouir que cet honneur lui vienne d'un tel jury: «Si j'ai pu faire voyager des jeunes avec mon roman, c'est le bonheur total!» Cet écrivain d'origine grecque qui vit au Québec depuis plus de 40 ans a par ailleurs tenu à rendre hommage à un inconnu: «J'aimerais remercier cet amoureux transi qui, un jour, a gravé ces deux mots, "Anna Pourquoi", sur le rocher d'une île grecque.» Le livre lui avait en effet été inspiré par un modeste graffiti découvert à l'occasion d'un voyage dans son pays d'origine. Dans les mêmes lieux, il avait aperçu une religieuse mystérieuse et très belle. Ne lui restait plus qu'à inventer une histoire liant le tout.

Outre Anna Pourquoi, un comité de sélection composé des critiques littéraires du Devoir avait soumis au jeune jury les oeuvres d'Andrée A. Michaud (Le Pendu de Trempes), Nelly Arcand (Folle), Francine D'Amour (Retour d'Afrique) et Michèle Péloquin (Les Yeux des autres).

Sous sa forme actuelle, le Prix des collégiens en est à sa troisième remise. En 2004 et 2003, les jeunes avaient couronné respectivement Ook Chung (Contes buto) et Jacques Poulin (Les Yeux bleus de Mistassini). Rappelons que ce prix est né de la volonté de la Fondation Marc Bourgie de promouvoir la littérature québécoise ainsi que de l'initiative de Bruno Lemieux, un professeur du Collège de Sherbrooke qui, dès 2001, avait organisé un projet inspiré d'un prix français, le Goncourt des lycéens.

Cette année, a fait remarquer M. Lemieux hier, les participants ont dû composer avec des contraintes particulières en raison de la grève. «Chez nous, à Sherbrooke, on a eu cinq semaines sans classes si on inclut la relâche. Du groupe de 40 personnes des débuts, seulement 25 ont pu aller au bout de l'exercice [du Prix des collégiens]. Le vote a même dû se faire par Internet. La technologie a ainsi permis de ne pas briser les lignes de grève.» Pour M. Lemieux, en plus d'offrir une grande stimulation intellectuelle, les livres accompagnent les jeunes à une étape importante de leur vie. Soulignant la simplicité et le respect des silences dans l'oeuvre de Pan Bouyoucas, le professeur attribue à ce livre un grand pouvoir: «À cet âge-là, 16 ou 17 ans, les lecteurs sont susceptibles d'être particulièrement touchés par une oeuvre qui aborde la quête de sens. Je crois que ça les a beaucoup rejoints.»