Beaux livres - L'oiseau et son menu

À mesure que l'ornithologie amateur devient de plus en plus populaire, les ouvrages consacrés aux oiseaux se multiplient. Des guides d'observation bien sûr, et aussi des livres spécialisés. Jean Léveillé, qui nous avait déjà donné le passionnant Les Oiseaux et l'Amour sur les moeurs sexuelles et la cour des volatiles, plonge cette fois dans leur mangeoire. Il s'est baladé à travers le monde pour croquer de sa plume et de sa caméra (plusieurs photos sont magnifiques) les diverses habitudes gastronomiques des oiseaux.

«C'est à sa table que l'oiseau nous convie dans ce livre, une table fabuleuse autant par sa diversité et son originalité que par les stratagèmes que ce gourmand élabore pour y accéder. Qu'il soit devenu un inconditionnel des mollusques, des insectes ou des nectars, il a, au fil du temps, modifié son anatomie, se dotant d'un bec en ciseaux, d'une langue pipette ou d'un casse-noix robuste», écrit-il.

À chaque espèce son menu et ses nectars. Et certains garde-manger semés sur les routes migratoires sont des écosystèmes menacés, qui à leur tour fragilisent le chaînon de la faune aviaire, comme ici les prés des bernaches, parfois asséchés pour y construire habitations et autoroutes.

Le flamand rose ne se contente pas de faire le pied de grue sur les parterres québécois, en se plastifiant pour la circonstance. Il se nourrit plutôt dans les eaux peu profondes des lacs salés et des mangroves du Sud. De son bec replié, à travers la boue, le voilà qui aspire une saumure d'algues et de petits crustacés marinés. Le fin du fin! Sans les minicrevettes et autres délices, son beau plumage rosé deviendrait blanc.

Diversité au menu: la coquette huppée, colibri aussi joli qu'un paon, mais à l'échelle minuscule, visite les corolles multicolores qui lui servent des boissons exquises dans leur forêt tropicale. De son côté, le guillemot à miroir hante les falaises nordiques et plonge dans la mer pour en rapporter des harengs, des éperlans et des lançons qui gaveront ses rejetons. Alors que le merle fait son miel de vers gras et humides, sans dédaigner pour autant un festin de petits fruits, l'urubu, grand nécrophage, se nourrit de charognes d'animaux, que son oeil perçant voit de loin. L'huîtrier amateur de mollusques attend qu'un céphalopode baille un peu au soleil pour y glisser en cran d'arrêt son bec pointu. Le guêpier, défiant les aiguillons, ingurgite frelons, guêpes, abeilles ou frelons.

Les oiseaux s'adaptent aux habitats que l'homme lui offre. Les mangeoires ont leurs hôtes à plumes, goélands et mouettes se sont découvert un goût pour les frites et autres rebuts de cuisine. Par ailleurs, le héros-garde boeuf, un peu paresseux, envahit les pâturages. C'est pour mieux suivre les grands herbivores. Leur masse en mouvement chasse les insectes affolés, qui régalent du coup les beaux oiseaux blancs. Ceux-ci, en contrepartie, dévoreront les puces et les tiques de leurs gros compagnons. D'où le respect mutuel qui règne entre ces couples étranges qui avancent, les uns marchant, les autres voletant, dans une étrange bonne entente. Cervelle d'oiseau, dites-vous?