Témoignage - Un récit de survie québécois

L'événement, en 2002, avait fait les manchettes. Le 9 mai, un Cessna s'était abîmé dans les eaux glaciales du lac des Passes, dans la région de La Tuque, avec à son bord trois Québécois de retour d'un voyage de pêche. Deux de ces hommes y ont laissé leur vie. Il s'agissait de l'ami et du frère du juge Louis de Blois, seul survivant de ce triste accident.

??r, trois ans plus tard, a choisi de raconter l'enfer qu'il a alors vécu en publiant un témoignage intitulé En Cessna sous l'eau glaciale. Récit d'une expérience limite qui met en scène «le conflit intérieur que vit tout être dans un contexte du genre: la volonté de vivre opposée à l'abandon du désir de vaincre», cet opuscule se veut aussi un hymne à la vie.

Même si j'avoue sans ambages avoir de la difficulté à m'identifier à un juge dont le loisir principal consiste à s'adonner à des voyages de pêche en avion privé, je dois néanmoins admettre que ce témoignage n'est pas dénué d'intérêt. De Blois, c'est une évidence qu'il reconnaît lui-même, n'est pas un homme de lettres et son style, rudimentaire, ne nous épargne pas les poncifs du récit de survie: «La vie est belle et vaut la peine d'être vécue», «Dis-toi que si tu es encore là, si tu as résisté, c'est peut-être que tu n'étais pas prêt».

Au-delà de ces clichés et maladresses, toutefois, En Cessna sous l'eau glaciale contient aussi une évocation sentie du cauchemar vécu par le survivant, «alors âgé de 67 ans et ayant déjà subi cinq pontages coronariens». On revit donc, presque comme si on y était, la mort en direct de ses compagnons, la nage en eau glaciale, la quête souffrante d'un refuge dans l'attente des secours et le désespoir qui guette. Ce n'est que quatre jours plus tard que le juge en détresse sera enfin libéré de ce cauchemar, grâce au zèle de ses proches et des secouristes.

Appartenant à un genre qu'on est plus habitué de lire dans les pages du Readers Digest que dans des ouvrages publiés à l'enseigne d'éditeurs québécois, ce récit de survie — qui montre l'homme nu devant les forces de la nature — compense ses maladresses par sa modestie et sa sincérité.