Cinq polars pour agrémenter vos nuits blanches

Valérian Mazataud Le Devoir

Le cuisinier de l’Alcyon

Andrea Camilleri, Fleuve « Noir»  (en librairie)

Publié en italien quelques mois avant la mort de son auteur, en 2019, ce roman a tout du scénario de film de gangsters. En fait, Andrea Camilleri l’avait d’abord écrit pour un projet de film puis a décidé de le reprendre en musclant un peu son personnage du commissaire Salvo Montalbano. Tout s’amorce d’ailleurs fort mal pour le commissaire quand le questeur veut le forcer à prendre ses congés accumulés et à disparaître tout simplement du commissariat pour un minimum de dix jours. Le tout sur fond de grève et de conflit social alors que, dans une usine de Vigata, un ouvrier désabusé s’immole sur son lieu de travail. Montalbano rechigne puis accepte et décide de passer du temps sur le continent avec Livia, sa fiancée. Jusqu’à ce que tous ses assistants soient eux aussi « sortis » du commissariat… Que se passe-t-il ? Un indice : le FBI est impliqué dans l’affaire. Un peu tirée par les cheveux, cette enquête est néanmoins une des plus drôles et des plus dangereuses de Montalbano.


Cupidité

Deon Meyer, Gallimard « Série noire » (en librairie)
 

Les choses ne sont jamais simples pour le capitaine Benny Griessel, qui combat toujours son alcoolisme, et son partenaire Vaughn Cupido, tous deux membres de l’unité d’élite des Hawks. D’autant plus qu’ils viennent d’être rétrogradés, pour ne pas avoir obéi aux ordres dans une affaire précédente. Les voilà donc forcés de faire profil bas tandis qu’on les exile dans une banlieue chic du Cap où ils enquêtent sur la disparition d’un brillant étudiant en informatique. Mais le hasard fait en sorte qu’ils se retrouvent encore à traquer la corruption de l’état et les ripoux en tous genres. Pour compliquer les choses davantage, un homme d’affaires multimillionnaire — et présumément escroc — disparaît lui aussi. Surprise : toutes ces affaires se croisent, et les deux enquêteurs se retrouvent dans un assaut final aux allures de film d’action américain. Une triple histoire menée de main de maître par Deon Meyer et ses deux policiers incorruptibles qui ne lâchent jamais prise.


Une saison pour les ombres

R. J. Ellory, Sonatine (en librairie)

Cette nouvelle histoire de R. J. Ellory s’amorce… au Québec ! Quelque part à Montréal, il y a une dizaine d’années, Jack Deveraux est rattrapé par son passé alors qu’il reçoit un appel de Jasperville, qu’il a quittée depuis des lunes. Son jeune frère est accusé de tentative de meurtre dans ce coin perdu autour d’une mine de fer. Quelques décennies plus tôt, on avait retrouvé là le corps d’une jeune ado déchiqueté par les bêtes sauvages qui hantent cette contrée hostile. C’était du moins la version officielle jusqu’à ce qu’on retrouve une autre jeune fille dans le même état… Deveraux se voit forcé de replonger dans cet enfer, l’assassin ayant visiblement recommencé à sévir ; dès qu’il y remet les pieds, il comprend que plusieurs « préfèrent voir durer le mensonge qu’affronter la réalité ». La quatrième de couverture précise qu’Ellory retrouve ici les accents de Seul le silence, son premier livre traduit en français qui a fait de lui un incontournable. Ça promet…


L’espion qui aimait les livres

John le Carré, Seuil (en librairie)

C’est cette histoire tout en demi-tons que terminait John le Carré au moment de sa disparition, il y a un peu plus de deux ans. L’intrigue est captivante, comme dans tous les romans du vieux maître, mais c’est surtout la qualité inimitable de son écriture qui frappe d’abord ici : quelle maîtrise, quelle élégante façon de dessiner un personnage en deux ou trois lignes puis d’élargir les perspectives une petite touche à la fois… Un bonheur ! Dans ce livre tout en nuances, tout en non-dits même si on y dit beaucoup de choses, les apparences sont toujours trompeuses ; un peu comme le climat du Norfolk où se déroule l’essentiel de l’action. C’est en fait une histoire classique de taupe ayant infiltré les services britanniques et qui est si imbriquée dans son organigramme secret qu’il est même étonnant qu’on en ait soupçonné l’existence. Un livre étonnant qui témoigne d’une maîtrise inégalée et d’une élégance, on l’a dit, qui ne se porte plus guère.


Les agneaux de l’aube

Steve Laflamme, Libre Expression (16 février)

Malgré les grandes qualités d’écriture de son géniteur, j’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec le personnage de Xavier Martel, le détective privé au coeur des précédents romans de Steve Laflamme ; désolé. Il n’est pas du nouvel opus du solide auteur de polars qu’est devenu Laflamme puisqu’ici ce sont le lieutenant-détective Guillaume Volta et Frédérique Santinelli, professeure de littérature, qui mènent l’enquête. Ils travaillent à résoudre une énigme tordue à partir d’une lettre trouvée sur une scène de crime dans Charlevoix. La lettre fait référence à une série de meurtres rituels — que la police nommera les « Meurtres de l’aube » — inspirés par l’oeuvre du sinistre Aleister Crowley. On devine que Laflamme, qui aime bien taquiner les limites, va s’amuser ici à les franchir, comme à l’habitude. D’autant plus que Santinelli traîne un lourd passé que l’affaire fait resurgir…

À voir en vidéo