Cinq bédés à se mettre sous la dent en attendant le printemps

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Suicide total

Julie Doucet, L’Association (27 février)

Après avoir, enfin, remporté le Grand Prix d’Angoulême il y a de cela presque un an, après avoir répété à maintes reprises que la bande dessinée et l’autobiographie, c’était terminé pour elle, voilà que la grande Julie Doucet nous prend par surprise avec la publication de Suicide total, une fresque dont les 144 pages se déploient à la manière d’un leporello. Oui, vous avez bien lu, l’album s’ouvre tel un accordéon, sur 20 mètres de long, et a été dessiné et pensé de cette manière, sans case, chaque dessin s’imbriquant l’un dans l’autre. Pour ce grand retour, Doucet nous ramène en 1989, quand elle entretient une relation épistolaire intense avec un de ses lecteurs français. À noter que la première édition, publiée sous forme de leporello, ne sera vendu qu’à 1500 exemplaires, dont les finitions seront réalisées à la main.


Heureux qui comme Ugo

Réal Godbout, Robin Bourget-Godbout et Dominique Bourget, La Pastèque (en librairie)

C’est un euphémisme que de dire que nous attendons avec impatience toute nouvelle publication signée, ou cosignée comme c’est le cas ici, par le légendaire Réal Godbout (Michel Risque et Red Ketchup, pour ne nommer que ceux-là). D’autant plus qu’il s’agit d’une affaire de famille puisque le scénario d’Heureux qui comme Ugo est signé Robin Bourget-Godbout, fils de Réal, tandis que sa conjointe et la mère de Robin, Dominique Bourget, s’est chargée de la couleur. Au centre de cette aventure ? Ugo Saint-Germain, un chroniqueur touristique qui n’a pas posé ses valises depuis plusieurs années et qui entreprend une croisière sur un yacht de luxe, sur la Méditerranée, devant le mener sur les traces d’Ulysse. Et, bien entendu, comme tout voyage, rien ne se passe comme prévu. Alors, que nous réserve cet album dont le titre, inspiré d’une chanson de Brassens, laisse entrevoir une odyssée qui risque d’être joyeusement décalée ?


Révolution, Tome 2 
Égalité – livre 1

Florent Grouazel et Younn Locard, Actes Sud L’An 2 (19 février)

Voici le deuxième tome de la série Révolution, signée par les dessinateurs et auteurs (ils font tout à quatre mains) bretons Florent Grouazel et Younn Locard, une trilogie dont le premier volet a été publié en 2019. Une trilogie ? Oui et non puisque ce deuxième épisode a dû être scindé en deux, étant donné la matière à couvrir. Évidemment, la révolution dont il est question ici est la Révolution française qui, près de 240 ans plus tard, continue de fasciner et de donner de la matière aux auteurs qui s’attaquent, ici, à la période durant laquelle la première Constitution fut élaborée, alors que les loyalistes, encore fidèles au roi de France, tentent soit de le protéger, soit de le faire s’évader. Et comme l’excellent premier tome nous avait ravi (il a d’ailleurs remporté le prix du meilleur album à Angoulême en 2020), nous avons bien hâte d’en lire la suite.


Tant pis pour les likes

Bach, Nouvelle adresse (avril)

Après nous avoir raconté sa vie dans la série en deux tomes C’est pas facile d’être une fille, publiée en 2014 et en 2015, voilà que Bach (Estelle Bachelard) revient avec un hybride entre la bande dessinée et l’essai intitulé Tant pis pour les likes. L’idée de base ? Si le mois sans alcool permet à certaines personnes de réfléchir à leur consommation, pourquoi ne pas faire pareil avec les réseaux sociaux ? Se qualifiant elle-même de cyberdépendante, accro aux likes et autres validations numériques, Bach a décidé de se débrancher pendant un mois afin de documenter comment elle allait gérer son probable état de manque. Va-t-on la retrouver en petite boule dans sa garde-robe ? La modération a-t-elle vraiment meilleur goût si on ne peut pas faire de story sur Instagram pour la raconter ? Ça reste à voir !


Quelqu’un a débranché la Grosse Pomme

Zovi, Mécanique générale (14 février)

D’origine franco-chinoise, ayant passé dix ans en Chine et résidant à New York, où elle travaille comme illustratrice pour la MTA (Metropolitan Transportation Authority), Zovi se lance dans la bande dessinée avec un premier album à saveur autobiographique intitulé Quelqu’un a débranché la Grosse Pomme. Elle raconte, ici, une arrivée tout à fait chaotique dans la métropole américaine, en pleine crise de la COVID, durant les manifestations de Black Lives Matter, tandis que les États-Unis traversent une des plus grosses crises politiques de leur histoire. Ajoutons à cela des problèmes avec les papiers d’immigration et une réinvention professionnelle, et nous avons un terreau fertile pour un récit qu’on nous promet rempli d’humour, par une jeune autrice dont nous avons vu quelques planches laissant entrevoir un talent certain pour le dessin.

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