Cinq titres jeunesse au creux de l’hiver

Valérian Mazataud Le Devoir

Mon arbre à musique

Texte de Catherine Voyer-Léger, illustrations de Catherine Petit, Station T « Station Jeunesse »

Catherine Voyer-Léger explore depuis plusieurs années, à travers ses essais et ses récits, les frontières des territoires affectifs, notre rapport au corps et les diverses filiations qui nous unissent. Elle a aussi parlé de son expérience de mère adoptive, notamment dans ses chroniques à C’est fou…, auprès du regretté Serge Bouchard. C’est justement dans ce vécu qu’elle plonge pour nous livrer Mon arbre à musique, un album qui nous invite aux réflexions et aux sentiments d’une enfant adoptée : « — Est-ce que je bougeais beaucoup quand j’étais dans ton ventre ? — Tu n’étais pas dans mon ventre, mais tu bougeais beaucoup dans ma tête. » À l’aquarelle, Catherine Petit signe les illustrations, ajoutant couleurs, textures et symboles à la richesse du récit. Il s’agit d’un 25 album pour l’illustratrice depuis ses débuts en 2016. (4 avril, à partir de 4 ans)


Le prisonnier et l’écrivain

Texte de Heather Camlot, illustrations de Sophie Casson, traduction de Nicholas Aumais, Isatis

Depuis l’incarcération d’Alfred Dreyfus sur l’île du Diable, dans une prison conçue spécifiquement pour lui, jusqu’à l’arrêt de la Cour de cassation, 12 ans plus tard, qui l’a innocenté et réhabilité pour de bon, l’affaire Dreyfus a fait couler beaucoup d’encre. Son histoire nous remue encore aujourd’hui, et Heather Camlot en a fait le coeur de son plus récent album : Le prisonnier et l’écrivain. Elle nous invite plus précisément aux côtés d’Émile Zola qui, alors au sommet de sa gloire, s’est lancé dans l’affaire — publiant notamment son célèbre J’accuse… ! —, convaincu qu’il s’agissait d’une grave erreur judiciaire résultant d’une vague d’antisémitisme. Cet album primé par le New York Times dans son édition originale nous invite au combat qu’ont mené les deux hommes pour faire advenir la justice. Cet élan de liberté trouve un écho dans les illustrations de Sophie Casson, tandis que Nicholas Aumais signe la traduction. (7 mars, à partir de 12 ans)


Le chat, la chouette et le poisson frais

Texte de Nadine Robert, illustrations de Sang Miao, Comme des géants

 

Le dernier album de Nadine Robert, Trèfle, a tout récemment été récompensé du Prix littéraire du Gouverneur général (littérature jeunesse, livres illustrés), en plus d’être toujours en lice pour le Prix des libraires (jeunesse 0-5 ans, Québec). Ces reconnaissances semblent avoir attisé sa braise créatrice et, plutôt que de s’asseoir sur ses lauriers, elle nous propose un nouveau titre : Le chat, la chouette et le poisson frais. Pour l’occasion, on rejoint une chaloupe qui flotte sur un étang, sur laquelle est posé un panier rempli de poissons frais. Le Chat gris voudrait bien de ce trésor, mais comment y accéder sans se mouiller ? Depuis la berge, une Chouette semble être de bon conseil, mais ne serait-elle pas simplement rusée ? Une élégante adaptation du dicton « tel est pris qui croyait prendre », brillamment illustré par les gouaches vives et colorées de Sang Miao. (15 février, à partir de 3 ans)


Je t’écris de mon lit

Texte de Maude Nepveu-Villeneuve, illustrations d’Agathe Bray-Bourret, 400 coups

Maude Nepveu-Villeneuve est autrice, éditrice aux éditions de Ta mère et professeure de littérature au cégep du Vieux Montréal. En 2020, avec son premier album jeunesse, Simone sous les ronces, qui abordait l’anxiété avec douceur et bienveillance, elle a remporté le Prix des libraires (jeunesse 0-5 ans, Québec). Sa plus récente proposition, Je t’écris de mon lit, n’est pas moins délicate, mais l’autrice se révèle une fois de plus lumineuse. On y rencontre le jeune Jacob qui, atteint d’un cancer, doit rester à l’hôpital. Sa correspondance avec une copine de classe, Zia, nous permet de découvrir leur réalité respective, leurs craintes, leurs apprentissages et le chemin à parcourir vers la rémission. Un échange émouvant et sensible, porté par l’éclaircie des aquarelles d’Agathe Bray-Bourret (L’incroyable histoire du chiffre 3, Un dimanche sous la pluie). (7 mars, à partir de 7 ans)


Taches d’huile

Texte de Jonathan Bécotte, illustrations d’Enzo Lord-Mariano, Québec Amérique

L’oeuvre de Jonathan Bécotte, haute de cinq publications, a déjà séduit un large lectorat. Souffler dans la cassette et Maman veut partir ont été salués par quelques distinctions, et son plus récent, La chambre éteinte, est toujours en lice pour le Prix des libraires (jeunesse 12-17 ans, Québec). Dans son plus récent album, Taches d’huile, il délaisse la prose poétique au profit de vers libres, qui confèrent une cadence rythmée à l’écriture. L’album nous propose six courts récits, où un fils à la sensibilité artistique contemple le métier de son père, mécanicien, et lui rend hommage. Loin des idées reçues, le garage se présente en un espace créatif et inspirant, où l’odeur du gaz, les taches de cambouis et la fulgurance de la soudure se révèlent dans toute leur poésie. Aux crayons, Enzo Lord-Mariano (Un rhume de cheval, Y’a pas de place chez nous) allie avec grâce des illustrations aussi ludiques que sensibles. (31 janvier, à partir de 6 ans)

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