Littérature québécoise - Éloge de la fuite

«La mort est un événement noble. Le devient-il moins si on le choisit?» Par sa détermination à en finir, la narratrice de Sparadrap pose la question de la légitimité de son désir de mourir. Le suicide — le «seul problème philosophique vraiment sérieux», affirmait Camus — peut-il être l'expression d'un choix lucidement consenti ou relève-t-il fatalement d'un problème médical?

Depuis sa prime jeunesse — elle avait 18 mois la première fois —, la protagoniste du court roman de Marie-Chantale Gariépy multiplie les tentatives de suicide, toujours contrecarrées par la malchance ou l'ingérence d'autrui.

Il faut dire que la vie a peu gâté Fugue Malrot (!), née dans la blanchisserie d'une prison, abandonnée sous une pile de couvertures. «Je l'avais souillée puis tuée, ma propre mère, mon assassin, elle venait de semer en moi la graine de mort qui n'a, depuis, cessé de germer.»

D'orphelinats en familles d'accueil, l'existence de cette étrangère au monde se lit comme une suite d'internements. La voilà, pour finir, ligotée dans un étrange institut psychiatrique, où l'a conduite sa dernière tentative d'évasion de la vie. Et où un psychiatre ampoulé s'emploie maladroitement à la sauver d'elle-même, contre son gré.

Grâce à une narration parfois teintée d'une certaine ironie détachée, Sparadrap échappe à l'implacable noirceur qu'aurait pu imposer son thème. Pas toujours maîtrisée, l'intrigue conserve un peu de son mystère, nous lançant parfois sur des pistes inabouties. Reste qu'à coups de courts chapitres, d'une écriture inégale mais de qualité, la jeune auteure parvient à nous garder dans son univers jusqu'à la fin.