Des chiffres et des lettres

«Je me considère comme une membre « molle » de l’UNEQ», écrit l'autrice.
Illustration: Marin Blanc «Je me considère comme une membre « molle » de l’UNEQ», écrit l'autrice.

J’ai passé une partie des vacances des Fêtes à suivre tout ce qui s’écrivait sur l’important changement de paradigme engagé pour les auteurs à la suite des actions de l’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ). En gros, on veut ponctionner aux membres 2,5 % de leurs revenus annuels (5 % aux non-membres, nombreux) en guise de cotisation syndicale. En échange de quoi ? Après lecture des infolettres de l’UNEQ, des mots de sa présidente sur le site Web, des articles, éditoriaux et lettres d’opinions publiés dans les médias, je n’arrive pas à cerner le plan concret. Faire comme l’Union des artistes ou la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma et forcer les gens qui embauchent ses membres à cotiser dans un fonds de pension et dans un régime d’assurances collectives ? Établir des cachets minimaux qui devront impérativement être respectés ? Créer un syndicat qui se battra lorsqu’un contrat ne respecte pas les nouvelles règles établies ? Et si le plan comporte l’ensemble de ces propositions, comment l’UNEQ compte-t-elle les faire appliquer ?

Si l’Union veut convaincre ses membres de l’appuyer dans cette révolution, une communication plus limpide et rassembleuse est essentielle. Pour l’instant, les critiques fusent, même de la part d’auteurs qui auraient le plus à y gagner. Plusieurs écrivains à succès, ceux dont les cotisations seraient forcément les plus élevées, s’y opposent. Même chose pour certains éditeurs qui, je présume, auraient à verser une part supplémentaire de leur revenu pour financer ces avantages sociaux. Leurs porte-voix sont puissants, et ils n’hésitent pas à les utiliser.

Bon nombre d’auteurs au succès plus modeste restent indécis face à la situation. La question de la rémunération est toujours présente et sensible lorsqu’on est écrivain. À la longue, ça use. Un auteur reçoit généralement 10 % du prix de son livre. C’est la norme dans les contrats d’édition, mais certains récoltent beaucoup moins, ce qui est bien peu quand on est au coeur même de la chaîne du livre. Normal qu’on n’ait pas envie de céder une part de ce gâteau frugal à une association syndicale sans savoir concrètement ce qu’on obtiendra en retour.

Je me considère comme une membre « molle » de l’UNEQ. Je renouvelle chaque année mon adhésion pour une raison intéressée : le Programme Parlez-moi d’une langue qui permet à des professeurs de cégep de recevoir les écrivains en classe. Quand on est membre et que la rencontre se produit dans le cadre de ce programme, on est nettement mieux rémunéré que lorsque le cégep lui-même la finance. J’ai aussi apprécié l’expérience de parrainage orchestré par l’UNEQ, qui forme des duos mentors-écrivains en début de carrière, et la rémunération adéquate à l’avenant. Il m’arrive de me référer à la grille tarifaire suggérée par l’Union. Car on nous invite régulièrement à des rencontres dans les salons du livre, bibliothèques, écoles, avec un bel enthousiasme, mais en négligeant le cachet, sous prétexte qu’écrire est une passion et que notre mission est de la transmettre. La grille tarifaire de l’UNEQ nous donne un certain levier, mais n’a pas force de loi. Ce problème récurrent des cachets variables pourrait-il enfin se régler ?

Je considère qu’il y a encore trop d’angles morts pour me camper dans une position, mais j’arrive à quelques constats : l’UNEQ doit continuer d’améliorer son plan de communications pour atteindre plus efficacement les écrivains, en particulier les non-membres — cela relève de sa responsabilité. Pour pouvoir avancer avec les coudées franches, elle a besoin d’un appui massif des acteurs de son milieu, sinon elle s’en va droit dans un mur.

De notre côté, les auteurs, informons-nous — c’est notre devoir. Exprimons concrètement nos besoins et nos craintes pour permettre à notre Union de mieux nous comprendre et nous représenter. Il nous faudra peut-être, rendus à une étape, faire confiance.

Une chose est sûre : désamorcer l’explosivité d’une situation dont la suite s’annonce douloureuse si rien ne change est urgent. Restons solidaires, curieux de l’avis des autres, respectueux envers ceux qui se battent pour nous. Nous avons beaucoup à gagner et peut-être même l’occasion d’écrire ensemble une page de l’histoire littéraire québécoise.

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