Marilyn Monroe, toujours bien vivante

Une image tirée de la série documentaire « Marilyn Monroe, la célébrité à tout prix »
Photo: Télé-Québec Une image tirée de la série documentaire « Marilyn Monroe, la célébrité à tout prix »

S’il est une actrice dont le mythe a fait couler beaucoup d’encre, c’est bien Marilyn Monroe (1926-1962). Soixante ans après sa mort, elle continue de fasciner les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les cinéastes et les photographes, les biographes et les chroniqueurs, les romanciers et les bédéistes. Parmi les ouvrages parus en français récemment, nous avons retenu quelques nouveautés et rééditions qui valent le détour.

Marilyn Monroe est un mystère insondable, un personnage insaisissable, le fruit d’une époque aussi bien que sa victime. De Norman Mailer à Joyce Carol Oates en passant par Gloria Steinem ou Charles Casillo, plusieurs ont dépeint leur Marilyn, offert une vision subjective, certains diront biaisée, une relecture de ce que fut la femme, l’enfant, l’amoureuse, l’amie ou l’artiste.

Quelque chose de neuf

Comment éclairer Marilyn, exprimer sa lumière et son mal de vivre, sa force et sa vulnérabilité, ajouter quelque chose de neuf à tout ce qui a été écrit jusqu’ici ? Comment résister à la tentation de combler les interstices, de projeter sur une existence plus grande que nature nos propres obsessions ? Alors que certains procèdent à une lecture féministe de son destin, d’autres jettent un regard contemporain sur sa santé mentale. Plusieurs, bien entendu, trouvent dans son enfance l’explication de ce qui va survenir ensuite.

Auteur et réalisateur américain vivant en France, Ian Eyres publie aux Éditions de La Martinière un « beau livre » richement illustré qui s’intitule Marilyn Monroe. La femme derrière l’icône. Accompagnant la diffusion d’une série documentaire en trois parties, Marilyn Monroe. La célébrité à tout prix, une production dont Télé-Québec est partenaire, l’ouvrage collige de manière banale et parfois même anecdotique les propos de différentes personnes ayant côtoyé la vedette.

Dans une préface aussi brève que sentie, la comédienne Elsa Zylberstein, grande admiratrice de Marilyn, écrit : « Au-delà de cette enveloppe extraordinaire et charismatique, plastique parfaite, son coeur fragile et tendre semblait pleurer, ouvert à tous les vents ; son âme solitaire semblait crier au secours, à l’aide, aimez-moi, aimez-moi pour moi profondément ! »

Le point de vue adopté par le psychanalyste écrivain Michel Schneider dans Marilyn. Les amours de sa vie est bien plus original. Celui qui avait signé en 2006 un roman intitulé Marilyn. Dernières séances, que Louison a d’ailleurs transformé en bande dessinée il y a quelques mois, offre ici dans un style riche et néanmoins humble un abécédaire érudit et captivant, un florilège de concepts, de lieux, d’objets et d’individus qui permettent de creuser la psyché de Marilyn, d’éclairer les tenants et les aboutissants de sa vie amoureuse et sexuelle, ses désirs assouvis et réprimés, ses élans de liberté et ses prisons intérieures. S’identifiant fortement à l’actrice, Schneider exprime dès le préambule la vive et communicative empathie qu’il ressent pour son sujet : « Je l’écoute, la regarde vivre et mourir, et je dis : “Moi, Marilyn”. »

Dans ses propres mots

Sous l’entrée « Livres » de son abécédaire, Michel Schneider affirme : « La “blonde idiote” était probablement la plus grande lectrice de l’histoire du cinéma. Très consciente de ses lacunes d’éducation dans son enfance, Marilyn adulte était avide de lecture. » L’actrice était particulièrement friande de poésie. Elle se risquait même à en composer.

En 2010, aux éditions du Seuil, dans un livre intitulé Fragments, paraissait pour la première fois l’ensemble des poèmes, des écrits intimes et des lettres rédigées par Marilyn Monroe. Un échantillon : « À l’aide, à l’aide / À l’aide, je sens la vie qui se rapproche / Quand tout ce que je veux, c’est mourir. »

Norman Rosten, poète et dramaturge décédé en 1995, l’un des premiers à avoir eu accès aux poèmes de l’actrice, témoigne de sa relation avec elle dans un texte d’une grande tendresse, une plaquette parue en 1973 qui vient d’être rééditée en français chez Seghers : Marilyn. Ombre et lumière : « Elle connaissait le monde intérieur mouvant du poème, avec ses secrets, ses spectres, ses surprises. Elle aimait les surprises, verbales ou visuelles. Elle aimait le côté sombre et mystérieux qu’il y a dans un bon poème. Et quelque part au fond d’elle-même elle ressentait une vérité primordiale : que la poésie est liée à la mort. La joie et la fascination sont l’autre visage de l’élégie. L’amour et la mort, opposés et mêlés, sont ses frontières. C’étaient les siennes. »

Elle connaissait le monde intérieur mouvant du poème, avec ses secrets, ses spectres, ses surprises. Elle aimait les surprises, verbales ou visuelles. Elle aimait le côté sombre et mystérieux qu’il y a dans un bon poème. Et quelque part au fond d’elle-même elle ressentait une vérité primordiale : que la poésie est liée à la mort […].

Quand on plonge dans Confession inachevée, un livre paru en 1974 sous le titre My Story, et qui vient d’être réédité en français, au format poche, par Robert Laffont, on goûte au plaisir sans pareil de lire Marilyn Monroe « dans le texte ».

Non seulement parce qu’on a le sentiment d’avoir accès à la version officielle, au point de vue de la principale intéressée, mais aussi parce qu’on découvre une véritable plume, un sens du récit, un style à la fois naïf et terriblement lucide : « Car je conserve presque toujours au fond du coeur la présence de cette enfant triste et amère qui a grandi trop vite. Malgré le succès qui m’environne aujourd’hui, je sens que c’est toujours avec son regard terrifié que je contemple le monde. Elle ne cesse de répéter “je n’ai jamais vécu, je n’ai jamais été aimée”, et souvent il m’arrive de me tromper et de croire que c’est moi-même qui prononce ces mots. »

En trente-cinq courts chapitres, dictés au scénariste Ben Hecht en 1954, soit huit ans avant sa mort, Monroe raconte son enfance en familles d’accueil, son besoin d’amour et d’attention, son entrée dans l’âge adulte et ses débuts à Hollywood. Elle aborde ses rêves et ses désillusions, ses passions et ses mariages, sans occulter les abus dont elle a été victime.

En lisant cette prose, d’ailleurs accompagnée des superbes photos de Milton H. Greene, des clichés au style décontracté qui traduisent une complicité évidente, on ne peut s’empêcher d’imaginer ce que l’actrice aurait pu offrir à la littérature si elle en avait eu le temps.

Les discussions entre Hecht et Monroe, et surtout les souvenirs qu’elles font remonter à la surface, Sandrine Revel (dessins) et Stéphanie Sphyras (scénario) ont choisi d’en faire une magnifique bande dessinée où la notion de fragment prend tout son sens : Marilyn Monroe. Confession inachevée. Sur la première page, on peut lire : « Dans cette suite du Beverly Hills Hotel, elle se penche sur Norma Jean. Elle convoque ses fantômes. Elle reconstruit le fil de son histoire. Elle nous laisse entrer dans son coeur. Elle partage avec nous son rêve de devenir actrice et sa détermination à l’incarner. Elle n’est pas une femme dépressive, à la dérive, mais une combattante solaire qui ne renonce jamais. Elle affronte tout ce qui est censé la détruire. Elle devient autrice. Elle s’adresse à tous ceux qui attendent que leur vie commence. Ceux qui cherchent leur place dans ce monde. »



Marilyn Monroe. La femme derrière l’icône

★★★
Ian Ayres, La Martinière, Paris, 2022, 208 pages

Marilyn Monroe. Les amours de sa vie

★★★ 1/2
Michel Schneider, Nami, Paris, 2022, 224 pages

Marilyn. Ombre et lumière

★★★ 1/2
Norman Rosten, traduit de l’anglais (américain) par François Guérif, Seghers « Littérature », Paris, 2022, 128 pages

Confession inachevée

★★★★
Marilyn Monroe, traduit de l’anglais par Janine Hérisson, Robert Laffont, « Pavillons poche », Paris, 2022, 256 pages

Marilyn Monroe. Confession inachevée

★★★★
Stéphanie Sphyras (scénario) et Sandrine Revel (dessins), Robert Laffont, Paris, 2022, 168 pages

À voir en vidéo