Plus de 300 lettres d’Émile Zola à sa femme passent aux mains des archives françaises

Portrait d’Alexandrine Méley Zola et de son célèbre mari
Domaine public Portrait d’Alexandrine Méley Zola et de son célèbre mari

Plus de 300 lettres manuscrites d’Émile Zola adressées à Alexandrine Méley, son épouse : voilà ce que vient d’acquérir la Bibliothèque nationale de France (BnF). Cette acquisition, jugée à raison « exceptionnelle », comprend des lettres écrites entre 1876 et 1901, soit une année avant son décès tragique dans des circonstances demeurées nébuleuses.

Les 312 lettres originales comprises dans le lot acquis par les archives françaises « font partager, jour après jour, tous les événements de la vie de l’écrivain pendant les périodes où il se trouve éloigné » de sa compagne. Toute sa vie, Zola consacrera une bonne partie de ses après-midi à sa correspondance.

L’ensemble acquis par la BnF comprend aussi quatre cartes, ainsi que 34 télégrammes. L’ensemble de ces documents est jugé de très grande importance. Si bien que ce lot était déjà classé, depuis les années 1990, comme « monument historique ».

« Capitale pour la connaissance de Zola, de sa pensée, de ses combats, cette correspondance de plus de 1100 pages livre pas à pas sa vision personnelle de l’affaire Dreyfus, de la prudence initiale à l’engagement total », indique la BnF. Dans ces lettres, il est également question du travail littéraire en cours auquel l’écrivain s’astreint jour après jour. D’autres lettres s’attachent davantage à des éléments du quotidien de l’écrivain alors qu’il vit à Paris et à Médan. Il est entre autres choses question de sa grande passion : la photographie. Il parle aussi de ses visites, de sa famille, de ses proches.

Ces documents et quelques autres ont fait l’objet d’un livre en 2014. Ils constituaient alors le dernier et le plus grand ensemble de manuscrits encore inédits de l’auteur de Germinal. Leur divulgation intégrale montre un fait par ailleurs déjà connu : le rôle et l’importance de son épouse dans la carrière de Zola.

Conservées longtemps par l’arrière-petite-fille de l’écrivain, Brigitte Émile-Zola, ces lettres ne devaient pas être rendues publiques avant le début du XXIe siècle, conformément à une volonté émise par le docteur Jacques Émile-Zola, fils de l’écrivain et de Jeanne Rozerot.

En 2004, la parution des lettres de Zola adressées à Jeanne Rozerot, sa maîtresse et la mère de ses deux enfants, a aussi exploré le territoire de la correspondance intime de Zola. Les lettres à Alexandrine permettent d’observer en parallèle, sous un angle différent, une partie de la vie intellectuelle, psychologique et amoureuse du géant des lettres.

La correspondance d’Émile Zola a d’abord été publiée au Québec. Entre 1978 et 1995, une équipe Zola a réalisé, sous la direction de Bard H. Bakker et Henri Mitterand, une édition soigneusement annotée de la correspondance d’Émile Zola. Elle fut publiée en 10 volumes par les Presses de l’Université de Montréal (PUM) et les Éditions du CNRS, en collaboration avec le Centre Zola de l’Université de Toronto.

Ces volumes à couverture rigide et entoilée apparaissent désormais difficiles à trouver. Ils n’ont pas été réédités, confirme au Devoir le directeur des PUM, Patrick Poirier. À cet ensemble important se sont ajoutés depuis deux volumes de la correspondance intime, en 2004 et en 2014, publiés en France chez Gallimard : Lettres à Jeanne Rozerot et Lettres à Alexandrine.

L’édition des lettres à Alexandrine a remporté, en 2016, le prix Sévigné, un prix littéraire attribué annuellement à une édition de correspondance. Le coeur de ce dernier livre est constitué des lettres originales que viennent d’acquérir les archives françaises.

Ces documents précieux s’ajoutent à un ensemble d’archives constituées en majeure partie par le legs d’Alexandrine en 1904, en exécution des dernières volontés de son mari.

Sans surprise, le fonds Émile Zola conservé par la BnF est le plus important au monde. Il comprend 91 volumes des manuscrits des Rougon-Macquart, cette vaste fresque en 20 romans, de nombreuses correspondances, des dossiers préparatoires et des documents divers.

Il comprend aussi le manuscrit de son célèbre « J’accuse… ! », un texte publié dans le journal L’Aurore qui aura pour effet de remettre en question au grand jour la parodie de justice dont se couvre alors un antisémitisme qui gangrène la République française. Cette prise de position de Zola lui vaudra la haine profonde de l’extrême droite jusqu’à nos jours. La vie de l’écrivain sera plusieurs fois menacée, jusqu’à sa mort suspecte.

Le fonds Zola de la BnF a été régulièrement bonifié. Entièrement numérisé, il est librement accessible aux chercheurs comme aux curieux sur Gallica, la vaste bibliothèque numérique de la BnF.

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