«Les enfants et la guerre»: protéger les enfants coûte que coûte

La psychothérapeute Hélène Romano
Photo: DRFP La psychothérapeute Hélène Romano

Dans son ouvrage Les enfants et la guerre, la psychothérapeute Hélène Romano, spécialiste de la prise en charge des blessures post-traumatiques chez l’enfant, se penche sur les conséquences psychiques des conflits sur les plus jeunes, aussi bien pour ceux qui subissent les catastrophes sur le terrain que pour ceux qui les observent à travers le petit écran.

« Quand l’enfant est face à la guerre, c’est tout son monde qui s’effondre. Il est exposé à des situations inintelligibles et à une déshumanisation totale. » C’est par ces mots que l’autrice française aborde avec sensibilité un sujet délicat et complexe qui met en scène, d’un côté, des victimes innocentes faisant face à la mort et à la brutalité humaine et, de l’autre, les jeux de pouvoir macabres des adultes.

Les conflits qui ravagent le monde ne font pas de distinction. Hélène Romano rappelle que, si dorénavant l’enfant est reconnu par le monde des adultes comme une véritable personne — notion récente d’abord développée dès 1923 par le psychiatre hongrois Sándor Ferenczi —, cette évidence n’est pas toujours allée de soi à l’échelle de l’humanité. Longtemps les enfants ont plutôt été considérés comme des objets que l’on pouvait maltraiter ou exploiter.

Encore aujourd’hui, l’existence et la sécurité de millions d’entre eux sont quotidiennement menacées par les guerres, et ce, malgré les traités internationaux (Conventions de Genève, Déclaration des droits de l’enfant, etc.) censés les protéger. Que les conflits aient lieu au coeur de l’Europe ou bien au Proche-Orient, en Asie ou ailleurs, l’autrice de Quand la vie fait mal aux enfants (2018) attire l’attention sur l’extrême vulnérabilité des tout-petits. Selon les données communiquées par les organisations internationales comme l’ONU et l’UNICEF, plus de deux millions d’enfants ont été tués dans des guerres ou des conflits armés lors des dix dernières années. Ajoutons à ces chiffres effarants cinq millions d’enfants exilés et huit millions d’enfants handicapés à vie.

Depuis la guerre en Ukraine, la psychothérapeute dénonce une certaine banalisation des répercussions des conflits armés sur les « petits hommes en devenir », que certains pensent (ou espèrent) immunisés contre la barbarie, parce que trop jeunes. Une grave erreur, note l’autrice, qui mentionne que les conséquences des guerres sur leur croissance psychique sont bien réelles et surtout bien documentées. « Au moment où le développement neurocognitif, psychoaffectif, relationnel et psychosocial se déploie, où les apprentissages de nouvelles connaissances se construisent, l’événement traumatique fracture la ligne de vie de l’enfant », écrit-elle d’ailleurs avec justesse.

Les chapitres abordent aussi bien les troubles post-traumatiques que le phénomène de l’exil, mais aussi le cas des enfants-soldats ou de ceux radicalisés. L’autrice parle également des répercussions de la guerre sur les enfants des pays en paix. Les pages sur l’enfant face aux images de la guerre mettent en lumière les résultats des dernières études sur les plus jeunes mis devant ce qu’Hélène Romano nomme la « blessure médiatique ». L’essai composé de nombreux témoignages d’enfants ouvre une multitude de fenêtres et propose des pistes de solution destinées à la fois aux parents et aux professionnels comme les éducateurs, les médecins, les enseignants ou les pédopsychiatres. À ce titre, l’autrice préconise l’accompagnement de l’enfant dans son vécu traumatique et l’écoute basée sur la confiance, condition cathartique sine qua non vers le chemin de la guérison.

Les enfants et la guerre

★★★★

Hélène Romano, Éditions Odile Jacob, Paris, 2022, 192 pages

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