Escarpolette: un premier roman jeunesse pour Sylvie Drapeau

Sylvie Drapeau et Louis-Karl Tremblay
Photo: Adil Boukind Le Devoir Sylvie Drapeau et Louis-Karl Tremblay

La comédienne revisite les thèmes qui lui sont chers et les enveloppe d’une immense dose de tendresse et d’espoir.

Ceux à qui l’univers littéraire tragique et douloureux de Sylvie Drapeau est familier s’étonneront peut-être de la trouver au rayon destiné aux enfants. Son premier roman jeunesse, Escarpolette, est certes, comme ses oeuvres précédentes, traversé d’ombres, mais trouve — dans la beauté des petites choses, la surprise d’un éclat de rire et la découverte d’une passion — la puissance de résister au chagrin.

Rose passe ses soirées à l’hôpital, emmurée dans le silence, depuis qu’un grave accident de vélo a plongé sa mère dans le coma, rendant la suite incertaine. Dans l’espoir de l’extraire de son mutisme, sa grand-mère lui offre un journal, dans lequel elle pourra consigner et lire à voix haute ce qu’elle veut dire à sa maman.

Au début, Rose se dévoile timidement. Mais lorsqu’elle assiste, avec son père, à la pièce Le petit chaperon rouge, elle est éblouie. Le spectacle est grandiose, à un tel point que sa mère semble lui tenir la main et assister avec elle à ce grand coup de foudre. Elle ressent l’urgence de tout lui raconter. Maintenant déterminée à devenir actrice, la fillette convainc son enseignante d’accompagner ses élèves dans la préparation d’un grand théâtre ; une aventure où les leçons, les émotions et les défis se succéderont, lui apprenant doucement à laisser aller ce qu’elle ne peut changer.

Dans ce premier tome de ce qu’on annonce comme une série, la comédienne et écrivaine reprend les thèmes qui lui sont chers — deuil, résilience, puissance des liens familiaux — et les enveloppe d’une immense dose de tendresse et d’espoir, presque comme si elle s’agenouillait à hauteur d’enfant pour lui chuchoter à l’oreille ces mots si doux : « tu n’es pas seul ».

Elle dissèque, dans un style qui revêt le dépouillement et la naïveté de l’enfance, les émotions contradictoires qui accompagnent la perte d’un être cher, d’un phare dont on doit maintenant imaginer le faisceau. Elle raconte la peine, la peur et la colère, mais aussi ces parcelles de soleil qui soulèvent un coin du rideau de brouillard pour se faufiler, d’abord incongrues, puis acceptées et célébrées, dans la grande danse de la vie qui continue, malgré tout.

Sa Rose, bien qu’elle doive traverser une épreuve exceptionnelle, demeure authentique, surtout grâce à la candeur de ses doutes, de ses peurs et de ses contradictions. Comme dans cette charmante scène, où elle demande à sa mère immobile de lui répondre en remuant le petit orteil, avant d’être arrêtée dans son élan : peut-on encore faire des blagues quand quelqu’un est dans le coma ?

Escarpolette est aussi une ode au théâtre et aux mots, qui deviennent, sous la plume de Sylvie Drapeau, des vecteurs de sens, des rappels que ce sont les passions qui permettent d’avancer, de grandir, de reprendre le contrôle, parfois, sur ce qui échappe à la raison.

Le livre, sensible et profondément touchant, heurtera peut-être les petites âmes plus sensibles, tant il saisit bien les vertiges du réel. Autrement, il est un outil idéal pour accompagner un enfant qui vit un deuil ou aborder l’éventualité de la mort. De l’étoffe de l’étreinte.

Escarpolette

★★★ 1/2

Sylvie Drapeau, Dominique et compagnie, Montréal, 2022, 96 pages. 9 ans et plus.

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