Notre sélection jeunesse du mois de novembre

Détail d’une planche tirée de l’album «Mina et sa bête», de Caroline Merola, qui participera à l’activité Monstres et créatures, imaginaires ou réels ? le 25 novembre et tiendra une séance de dédicaces le 26 novembre au SLM. Benoît Tardif tiendra quant à lui une séance de dédicaces les 25 et 26 novembre au SLM.
Caroline Merola La courte échelle Détail d’une planche tirée de l’album «Mina et sa bête», de Caroline Merola, qui participera à l’activité Monstres et créatures, imaginaires ou réels ? le 25 novembre et tiendra une séance de dédicaces le 26 novembre au SLM. Benoît Tardif tiendra quant à lui une séance de dédicaces les 25 et 26 novembre au SLM.

La quête d’un roi

Il était une fois un roi qui avait tout ce que vous ne pouvez même pas imaginer. Des éléphants sans trompe, un orage qui refusait de faire des éclairs, des chenilles à vélo et d’autres bidules excentriques. Tout sauf un petit Rien. Mais comment et où trouver cette chose ? Déterminé, le monarque se lance dans une quête de l’absolu. Maître des truismes, moqueur à la logique implacable, Olivier Tallec joue d’humour et de simplicité volontaire dans son nouvel et attendu album Le roi et Rien. Sous des allures candides, l’auteur fouille et sonde l’existence, depuis la vastitude du ciel jusqu’à l’infiniment petit que sont, par exemple, les cendres d’une feuille. Est-ce que rien n’existe vraiment ? Philosophe pince-sans-rire, Tallec pousse la réflexion, turlupine son personnage autant que son lecteur en jouant de perplexité. L’histoire est présentée dans un grand format, épousant le gigantisme de la question. Les personnages aux allures bouffonnes, ainsi que l’omniprésence de la couleur rouge — qui tranche sur les fonds blancs immaculés — ajoutent à la finesse de l’ensemble.

Marie Fradette

 

Le roi et Rien
★★★★
Olivier Tallec, Pastel L’école des loisirs, Paris, 2022, 40 pages. 6 ans et plus.

 

 

Tout est une question de goût

Quel est le goût de la liberté ? Fouillant de façon poétique ce concept aux frontières floues, Louna Demir signe ici son premier album. Présenté dans un format cartonné qui sied aux petites menottes, Le goût de la liberté permet de réfléchir à cette notion tant prisée sans que nous en connaissions réellement les contours. Dans de courtes phrases, l’autrice offre ainsi différentes avenues afin de déconstruire les idées reçues entourant la notion et d’en étendre sa portée. « Sucrée, quand on en profite. » « Aromatique comme le printemps. » « Amère si elle est subie », la liberté présentée se positionne à hauteur d’enfant. Sans jugement, simplement et candidement. Tout comme les illustrations — véritables oeuvres d’art — de Jesuso Ortiz, qui combine le dessin, la photographie et les objets du quotidien dans des tableaux tout aussi épurés qu’évocateurs. Sur fonds blancs, ses petits personnages répondent de façon créative aux phrases lancées par Demir. En tête, cet enfant, coiffé d’une fraise, qui salive devant une crème Chantilly plus grande que lui. Un tout petit album riche de grandes idées.

Marie Fradette

 

Le goût de la liberté
★★★★
Jesuso Ortiz et Louna Demir, Éditions Père Fouettard, Balbronn, 2022, 20 pages. 3 ans et plus.

 

 

La bête humaine

Des empreintes sont au coeur du roman graphique Mina et sa bête, de Caroline Merola. Mina, la narratrice, trouve les premières dans la neige devant chez elle, en ouverture de récit. « Deux fois plus grandes que celles d’un ours », elles incarnent un mystère, aussi intrigant qu’effrayant. Suivant les traces dans la neige, Mina prend connaissance d’une autre empreinte : celle de la vie humaine sur son environnement. Les traces se perdent en effet dans un chantier de construction, démarré dix jours plus tôt : « Pour bâtir cet hôtel “au coeur de la nature”, il fallait couper beaucoup, beaucoup d’arbres… » Apprivoisant sa peur, Mina fera la rencontre d’une bête, chassée de son habitat par le chantier. Contre l’inéluctable, les deux protagonistes tenteront de s’aider, dans une fable qui n’insiste pas sur sa morale tout en nous invitant à une importante prise de conscience. Une histoire envoûtante, couvée par des illustrations qui magnifient le recueillement de la forêt.

Yannick Marcoux

 

Mina et sa bête
★★★★
Caroline Merola, La courte échelle, Montréal, 2022, 160 pages. 8 ans et plus.

 

 

Une tempête dans un verre d’eau

Avec Le grain de sable, Sylvain Alzial met en scène le parcours improbable d’un grain de sable exaspéré de sa condition : « J’en ai assez d’être un grain de sable, sans cesse ballotté par les vagues ou emporté par le vent, chahuté par les seaux et les pelles des enfants. » Envieux des éléments qui l’entourent, il développe, comme par magie, le pouvoir de se transformer. Il devient alors successivement caillou, volcan, soleil, nuage et océan. Or, qu’importe la forme qu’il incarne, une fois l’ivresse de la nouveauté épuisée, l’ennui le regagne et, avec lui, l’envie d’être autre chose. Ce cycle pernicieux est-il infini ? Avec cette fable sur l’acceptation de soi, Alzial nous emporte dans une valse des éléments, rythmée et cyclique, coiffée d’une finale aussi ironique que porteuse. Les illustrations de Benoît Tardif, dont les couleurs vives et les personnages minimalistes rappellent les émoticônes, constituent une proposition audacieuse qui saura peut-être éveiller les jeunes esprits.

Yannick Marcoux

 

Le grain de sable
★★★
Texte de Sylvain Alzial et illustrations de Benoît Tardif, Comme des géants, Varennes, 2022, 56 pages. 4 ans et plus.

 

À voir en vidéo