«Un été rouge sang»: des moustiques et des diamants bruts

Wayne Arthurson
Photo: Shawna Lemay Wayne Arthurson

On aime bien Leo Desroches. Antihéros par excellence, ce Métis albertain, journaliste d’enquête, est dévoré par la passion compulsive du jeu. Dans ses deux aventures précédentes (L’automne de la disgrâce et Un hiver meurtrier, chez Alire), on l’a vu littéralement tout perdre — femme et enfants, maison, travail, dignité, etc. —, puis parvenir à quitter la rue et à remonter la pente en redevenant journaliste à Edmonton. Attachant malgré ses « mauvais penchants », Leo est un battant. Un fouineur hors pair qui ne lâche jamais le morceau. Ce qu’il fait toujours ici dans cette troisième enquête où, bien sûr, il le paiera encore une fois très cher.

L’histoire s’amorce alors que Desroches est en plein travail sur une scène de crime, au beau milieu de l’été edmontonien et de ses moustiques acharnés. Il attend la version des policiers sur l’événement qui l’amène là ; une surdose dans un hôtel de passe,semble-t-il. Il attend donc et, dans des moments comme ceux-là, Leo aime bien réfléchir sur sa dépendance sans se raconter d’histoire même s’il a souvent tendance à présupposer toujours le pire. Il dira par exemple que « chaque dépendant joue un personnage, une personne qu’il devient […] de la même façon qu’un joueur de jeu vidéo se construit un avatar ». Ce qui peut certainement s’appliquer à plusieurs, dépendants ou non.

Puis, tout à coup devant lui, des brancardiers déposent si maladroitement la victime dans leur fourgon que Desroches voit tomber quelque chose du sac mortuaire. Sans même réfléchir, il ramasse le tout discrètement alors que le véhicule s’éloigne. Plus tard, il comprendra que le petit sac contient non pas du crack, comme il le pensait, mais plutôt des diamants bruts. Le pire menace déjà…

On ne vous racontera évidemment pas tout, mais le pauvre Leo aura droit à la totale. Il sera laissé pour mort à deux reprises en plus d’être réveillé, avec un revolver dans les mains et un cadavre devant lui, par les sirènes des autopatrouilles…

Au journal, on décide de mettre le paquet sur cette histoire : Leo devient le héros du jour. Mais il se voit bientôt menacé à la fois par de grandes pointures de l’industrie diamantaire albertaine et par le Redd Alert, cette mafia autochtone qui l’a déjà sévèrement amoché dans ses enquêtes précédentes. À peine sa série d’articles parus sur les liens entre la victime — qui n’avait rien du junky — , les diamants bruts et l’industrie minière… qu’il est brutalement assailli, puis carrément enlevé.

On ne vous racontera évidemment pas tout, mais le pauvre Leo aura droit à la totale. Il sera laissé pour mort à deux reprises en plus d’être réveillé, avec un revolver dans les mains et un cadavre devant lui, par les sirènes des autopatrouilles… Malgré tout cela, il retrouvera bien sûr le journal, Edmonton et même ses moustiques.

L’enquête de Leo, fort bien menée, est toutefois farcie de méandres et de considérations diverses sur le phénomène de la dépendance, on l’a dit, mais aussi sur le déclin des journaux et l’emprise des médias sociaux sur le monde moderne. Ce qui fait quand même beaucoup. Wayne Arthurson tient pourtant un personnage en or et il aurait tout avantage à développer ses travers plutôt qu’à allonger la sauce…

L’auteur tiendra une séance de dédicaces les 25, 26 et 27 novembre au SLM.

Un été rouge sang

★★★

Wayne Arthurson, traduit de l’anglais (Canada) par Pascal Raud, Alire, Lévis, 2022, 384 pages

À voir en vidéo