«La Shéhérazade des pauvres», Michel Tremblay

Comme on les attendait, ces nouvelles de Claude Lemieux, alias Hosanna, « coiffeur le jour, bitch la nuit ». Le voici enfin, à 79 ans, dans l’oeil d’un jeune journaliste du magazine Fugues, venu s’entretenir avec lui des années 1970 : « Petit, noueux, une tête de faucon sur un cou de dinde, la peau flasque lui faisant comme un jabot sans cesse agité. » Les années ont passé, mais Hosanna, qui a gardé sa langue d’aspic, n’a pas oublié la trahison dont il a été victime il y a près de 50 ans, ni feu Cuirette, ni la Duchesse, son mentor qu’il pleure encore. À travers les souvenirs embrumés par le gin de Claude, qui, isolé par la pandémie, retiendra son hôte quelques jours, Michel Tremblay raconte les combats de la communauté LGBTQ, les années sida, la précarité des gagne-petit et la solitude des gens âgés. Un « roman à bâtons rompus » où l’humour, l’amertume et l’émotion forment un cocktail acidulé qu’on savoure à petites gorgées pour prolonger le plaisir de retrouver une vieille connaissance.

La Shéhérazade des pauvres

★★★

Michel Tremblay, Leméac/Actes Sud, Montréal, 2022, 154 pages

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