«Bonjour ! Kwe !»: une histoire de résilience

Caroline Montpetit donne la parole aux locuteurs à travers des rencontres souvent passionnantes, parfois touchantes. Il y a des histoires qui ébranlent les coeurs.
Jacques Nadeau Le Devoir Caroline Montpetit donne la parole aux locuteurs à travers des rencontres souvent passionnantes, parfois touchantes. Il y a des histoires qui ébranlent les coeurs.

Le livre Bonjour ! Kwe !, de Caroline Montpetit, est avant tout le récit de rencontres. Avec des personnalités issues des onze nations autochtones du Québec, leur culture et leur langue, pivot de leur identité. La journaliste culturelle au quotidien Le Devoir a rassemblé sa série d’articles écrits en 2017 consacrés aux idiomes autochtones pour en révéler la richesse, la fragilité, mais aussi leur incroyable résilience à travers les âges.

Le défi est colossal et quotidien pour les communautés. Les membres des Premières Nations tentent de conserver leurs langues ancestrales — dont certaines parlées par une poignée d’individus — dans un contexte de mondialisation et d’uniformisation. Selon les récentes données officielles de Statistique Canada, le nombre de personnes qui parlent une langue autochtone décline inexorablement et est passé de 251 000 locuteurs en 2016 à 243 000 en 2021. Afin de réveiller les consciences, l’UNESCO a proclamé les années 2022-2032 « Décennie internationale des langues autochtones ».

Malgré le contexte défavorable, c’est au Québec qu’on trouve les langues autochtones les plus vivantes au pays, souligne l’ouvrage. Chacun des chapitres du livre correspond donc à une langue de chez nous : de l’atikamekw à l’algonquin (anichinabémowin) en passant par le cri, le naskapi (Iyuw Iyimuun), l’abénaquis, le micmac, le malécite (wolastoqey), le wendat, le mohawk (kanien’keha), l’inuktitut et enfin l’innu (innu-aimun). Autant de langues issues de traditions orales qui racontent une vision du monde singulière et irremplaçable.

Caroline Montpetit donne la parole aux locuteurs à travers des rencontres souvent passionnantes, parfois touchantes. Il y a des histoires qui ébranlent les coeurs, notamment celle racontée par David Kistabish, ancien chef du Conseil de la Première Nation des Abitibiwinnis, au sujet des pensionnats pour Autochtones et de leurs conséquences dévastatrices sur la transmission de la langue anichinabémowin.

La journaliste brosse ainsi le portrait des nations autochtones en revenant brièvement sur leur histoire linguistique aux destinées très différentes. D’un côté, le cri et l’inuktitut résistent toujours. Pareil pour l’atikamekw, puisque la quasi-totalité des membres, jeunes ou moins jeunes, des communautés de Wemotaci, d’Opitciwan et de Manawan parlent la langue maternelle, ce qui en fait l’idiome le plus dynamique.

De l’autre côté du spectre, l’innu perd du terrain avec une jeunesse de moins en moins connectée à ses traditions. Il y a aussi celles et ceux qui tentent de préserver la langue de leurs ancêtres, par exemple le malécite, qui n’est plus parlé au Québec depuis des générations. Moins d’une centaine de personnes, souvent âgées, l’utilisent encore au Nouveau-Brunswick et dans l’État du Maine, aux États-Unis.

L’ouvrage met les langues au premier plan à travers des initiatives de préservation qui passent a fortiori par l’éducation. Transmettre les mots aux jeunes générations n’est pas seulement une question d’apprentissage. C’est avant tout le reflet d’une reprise en main d’une identité marquée par des politiques d’acculturation et d’assimilation.

Bonjour ! Kwe !

★★★ 1/2

Caroline Montpetit, Boréal, Montréal, 2022, 112 pages

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