Lori Saint-Martin laisse derrière elle «une oeuvre critique et littéraire majeure»

La professeure, écrivaine et traductrice Lori Saint-Martin, qui a marqué la littérature québécoise par ses écrits engagés et son amour de la langue française, est décédée subitement à Paris.
Valérian Mazataud Archives Le Devoir La professeure, écrivaine et traductrice Lori Saint-Martin, qui a marqué la littérature québécoise par ses écrits engagés et son amour de la langue française, est décédée subitement à Paris.

La professeure, écrivaine et traductrice Lori Saint-Martin, qui a marqué la littérature québécoise par ses écrits engagés et son amour de la langue française, est décédée subitement à Paris samedi à l’âge de 63 ans.

« C’est avec consternation et un immense chagrin que nous avons appris ce matin que Lori Saint-Martin est décédée subitement, à Paris, au cours des dernières heures. La triste nouvelle est confirmée, mais nous ne disposons pas de plus amples informations pour le moment », a écrit son éditeur, les Éditions du Boréal, dans un communiqué diffusé samedi matin.

Née en 1959 à Kitchener, en Ontario, Lori Saint-Martin, qui a d’abord grandi au sein d’une famille anglophone, a rapidement développé une passion pour la langue française à l’aube de son adolescence. « J’avais l’impression que je n’étais pas là où je devais être », a-t-elle raconté au Devoir en 2020. C’est ainsi qu’elle a décidé de s’exiler au Québec en 1980.

Elle est ensuite devenue professeure au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle était également membre et coordonnatrice de la recherche à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM. Lori Saint-Martin, qui a multiplié les articles universitaires portant sur des questions féministes au fil des années, était aussi une spécialiste de la romancière Gabrielle Roy.

Au cours de sa brillante carrière, Lori Saint-Martin a aussi signé plusieurs recueils de nouvelles et des romans Les portes closes (2013) et Pour qui je me prends (2020), dans lequel elle révèle des pans de son histoire personnelle de façon métaphorique, dans un vibrant hommage à la langue française. Elle publiait d’ailleurs il y a quelques mois à peine un essai baptisé Un bien nécessaire, dans lequel elle souligne le rôle important de la traduction dans l’univers littéraire.

« J’apprends avec consternation, avec tristesse, avec désespoir, le décès de ma grande amie Lori Saint-Martin. Lori, ma chérie, je t’aime, je t’aimerai toujours. Je veux dire au monde entier l’être exceptionnel que tu étais », a écrit sur les réseaux sociaux l’autrice et traductrice Flavia Garcia, qui était une très bonne amie de Mme Saint-Martin. Elle a ainsi salué l’intelligence, la sensibilité et la générosité de l’écrivaine décédée à l’aube de la soixantaine. « J’espère seulement que tu es bien là où tu es maintenant. Je suis sans mots, impossible de trouver une consolation quelconque », ajoute Mme Garcia. « Mon chagrin est infini. »

Une passion pour la traduction

Mme Saint-Martin a également signé, avec son mari, Paul Gagné, plus de 110 traductions de romans et d’essais, de l’anglais vers le français. Quatre de leurs traductions ont d’ailleurs été récompensées par les Prix littéraires du Gouverneur général.

Lori Saint-Martin, dont les circonstances du décès demeurent inconnues, devait prendre part mardi prochain à une rencontre intitulée « Écrivaines québécoises : fictions d’Amérique » organisée à la Bibliothèque Gaston-Miron, à Paris, par le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises. Un hommage sera d’ailleurs rendu lundi prochain à la Commission nationale française pour l’UNESCO, où l’écrivaine avait été invitée à intervenir, a annoncé samedi sur Twitter l’écrivaine et diplomate française Claudine Monteil.

« J’apprends à l’instant le décès de Lori Saint-Martin : je suis sous le choc. Comme vous tous sans doute », a pour sa part écrit sur Facebook l’autrice Catherine Voyer-Léger, suscitant de nombreuses réactions de surprise et de tristesse. Lori Saint-Martin venait d’ailleurs récemment d’être admise à l’Académie des lettres du Québec.

La poète Anne-Marie Desmeules s’est également dite « atterrée » d’apprendre le décès de l’autrice qu’elle qualifie de « grande intellectuelle » à l’origine « d’une oeuvre critique et littéraire majeure ».

Ce décès survient une semaine après celui de l’écrivain québécois Simon Roy et quelques jours après celui du poète Jacques Brault, deux auteurs dont les oeuvres étaient aussi publiées aux Éditions du Boréal.

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