«La Mohawk Warrior Society — Manuel de souveraineté autochtone» : résistance mohawk

Louis Karoniaktajeh Hall dans sa maison de Kahnawake, en 1965. 
Photo: Louise Leclaire Louis Karoniaktajeh Hall dans sa maison de Kahnawake, en 1965. 

La Mohawk Warrior Society publie ces jours-ci son manuel de souveraineté autochtone. L’organisation militante controversée, jugée radicale par plusieurs, mais qui se perçoit plutôt comme résistante, et dont les membres sont surnommés les « Warriors », s’est notamment fait connaître au grand jour durant la crise d’Oka, en 1990.

Dès le premier coup d’oeil, le lecteur averti reconnaîtra l’image qui s’étend sur toute la page couverture, le fameux drapeau iroquois, rouge et or avec au milieu le visage d’un Autochtone avec une plume d’aigle plantée sur la tête, brandi plusieurs fois durant le conflit à Kanesatake. Le livre s’articule d’ailleurs autour de Louis Karoniaktajeh Hall (1918-1993), militant traditionaliste, écrivain et artiste, qui a imaginé la bannière en question, surnommée le « drapeau de l’unité », et devenue aujourd’hui un symbole incontournable des combats autochtones en Amérique du Nord.

En plus d’une sélection d’oeuvres d’art signées par Karoniaktajeh Hall, figure complexe et emblématique de la Warrior Society, le livre inclut pour la première fois en français plusieurs de ses écrits jugés fondamentaux par le mouvement, comme Reconstruire la confédération iroquoise (1980) et le Manuel du guerrier (1979). Ce dernier est un captivant pamphlet historique bourré d’enseignements et de réflexions sur la condition de vie des Premiers Peuples au Canada.

Mais loin de la proposition polémiste remuant les douleurs du passé, le recueil — fascinant et fourni en détails — se déploie davantage comme une anthologie ayant pour objectif le partage d’une tradition orale souvent inédite ou rarement mise à la disposition des lecteurs. Par le biais d’une riche documentation, elle raconte ici les origines de la Warrior Society et son influence sur les luttes politiques.

Ainsi, le livre s’ouvre sur les témoignages de quatre de ses membres fondateurs : Tekarontakeh, Kakwirakeron, Kanasaraken et Ateronhiatakon. Ces activistes et gardiens du savoir traditionnel ont été parmi les premiers à véritablement organiser des initiatives médiatisées (rassemblements, blocage des routes et des ponts) afin d’affirmer une autorité autochtone sur les terres traditionnelles de la nation mohawk aussi bien aux États-Unis, dans l’État de New York, qu’au Québec.

Rappelons que le mouvement voit le jour dans les années 1960, époque des « grands réveils citoyens » qui ont vu naître divers groupes d’émancipation sur le continent nord-américain, l’American Indian Movement (AIM) et les Black Panthers en tête.

L’un des grands intérêts de l’ouvrage est qu’il donne la parole à la résistance mohawk sur près de cinq siècles. L’essai est un patchwork de styles et de genres littéraires mêlant entretiens, manifestes, contes, réflexions philosophiques et récits historiques. Une chronologie de l’histoire mohawk, un chapitre sur la toponymie et un glossaire sur divers concepts en langue autochtone complètent le volume.

La Mohawk Warrior Society

★★★

Oeuvres choisies de Louis Karoniaktajeh Hall, Éditions de la rue Dorion, Montréal, 2022, 464 pages.

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