L’inflation décortiquée

Gérard Bérubé, auteur du livre «L’inflation. Causes et répercussions»
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Gérard Bérubé, auteur du livre «L’inflation. Causes et répercussions»

Responsable des pages économiques du Devoir depuis 1992, Gérard Bérubé publie cette semaine L’inflation. Causes et répercussions, un court exercice de vulgarisation sur le phénomène économique de l’heure. « L’inflation », un mot honni que l’on croyait relégué au début des années 1990, et dont nous payons pourtant tous aujourd’hui le prix.

À peu près tous les spécialistes au monde ont été pris de court par l’ampleur de la hausse du coût de la vie et, pourtant, tous les ingrédients étaient réunis. C’est le grand constat de la première partie de ce livre de moins 150 pages. On se demande encore comment les banques centrales et à peu près tous grands spécialistes ont pu penser jusqu’à l’an dernier que la forte inflation serait qu’un phénomène temporaire lié à la reprise soudaine. Avec la pandémie, tous les signaux étaient au rouge pour que le monde soit plongé de nouveau dans une période inflationniste. D’un côté, les confinements ont forcé l’arrêt de pans entiers de l’économie, ce qui a entraîné des pénuries. De l’autre, les consommateurs ont pu économiser durant la pandémie, en plus de profiter des nombreuses aides gouvernementales temporaires, ce qui s’est traduit par une hausse marquée de la demande.

« C’est vrai que la plupart des banques centrales et des institutions ont sous-estimé l’effet de la pandémie sur l’inflation. Mais il ne faudrait pas oublier qu’elles ne pouvaient pas prévoir la guerre en Ukraine qui a suivi. À part Joe Biden d’ailleurs, personne n’y croyait, même pas Zelensky. Si l’invasion russe n’avait pas eu lieu, l’inflation serait beaucoup plus maîtrisée. On ne serait pas revenus à la cible de 2 % d’inflation, mais on ne serait pas à 7 ou 8 % comme en ce moment. Ça tournerait plutôt autour de 4 ou 5 % », précise Gérard Bérubé en entrevue au Devoir.

Le journaliste économique s’efforce dans cet ouvrage de démystifier la hausse du coût de la vie que nous subissons depuis déjà quelques mois. Il insiste longuement sur la hausse des taux d’intérêt, principal outil de la Banque du Canada pour réguler l’inflation et revenir à l’objectif de 2 %. Gérard Bérubé revient aussi sur certains concepts clés, comme l’indice des prix à la consommation (IPC), selon lequel est calculé le taux d’inflation.

Bref, ce court essai offre un rappel de certaines notions apprises en cours d’économie, pour ceux qui ont eu la chance d’avoir un cours d’économie dans leur cursus scolaire. « Aujourd’hui, les gens qui ont moins de 30 ans n’ont jamais entendu parler d’inflation. Il y a une certaine incompréhension, une certaine confusion autour de cette thématique. Il y avait un besoin pour une certaine clarification. C’est un peu ça le but du livre », explique Gérard Bérubé, qui cite également la politique zéro COVID en Chine comme l’une des causes du choc subi sur la courbe de l’offre.

Rassurant

 

La situation dans l’empire du Milieu et la guerre en Ukraine demeurent deux grandes inconnues. Est-ce à dire que le retour à un taux d’inflation à 2 % est reporté aux calendes grecques ? Gérard Bérubé fait plutôt partie du camp des optimistes. Il croit que le pic inflationniste a été atteint, et s’attend à ce que la hausse des prix revienne progressivement à la cible de la Banque du Canada à l’horizon 2024 ou 2025.

Le journaliste économique ne s’attend pas à connaître à court terme un épisode de stagflation, un scénario catastrophe où une inflation galopante se conjugue avec une stagnation de l’activité économique. Il n’appréhende pas non plus une spirale prix-salaire à long terme, où une inflation et d’importantes hausses de salaire s’alimenteraient mutuellement.

« Avec le contrôle des taux d’intérêt, le Canada est beaucoup mieux outillé pour lutter contre l’inflation qu’à l’époque du choc pétrolier des années 1970. On ne peut pas arriver à un dérapage comme en Turquie [où l’inflation avoisine les 80 %] », note Gérard Bérubé.

Pour relativiser la période, angoissante pour beaucoup, que nous traversons depuis quelques mois, la seconde partie du livre recense une dizaine d’articles publiés dans Le Devoir depuis 1992 dans lesquels il est question du « mot en i ». L’occasion de constater l’éventail de mesures mises en place à travers les années pour éviter pour une envolée des prix.

Gérard Bérubé se veut aussi rassurant quant à une éventuelle récession, presque inévitable selon lui, avec les hausses de taux d’intérêt à prévoir dans les prochains mois pour maîtriser l’inflation. « Pour lutter contre l’inflation, il faut hausser les taux d’intérêt. Pour stimuler la croissance économique, il faut baisser les taux d’intérêt. Il faut trouver l’équilibre », résume-t-il, en prenant bien soin de souligner qu’une récession dans le contexte actuel, avec une pénurie de main-d’oeuvre et une démographie vieillissante, ne conduirait pas à un chômage de masse, comme lors de la crise économique du début des années 1990.

L’inflation. Causes et répercussions est le premier livre publié dans le cadre d’une entente entre Le Devoir et les éditions Somme toute.

L’inflation. Causes et répercussions

Gérard Bérubé, Somme toute, Montréal, 2022, 146 pages

À voir en vidéo