Notre sélection jeunesse du mois de septembre

Détail d’une planche tirée du livre Souris des bois. Une année dans la forêt d’Alice Melvin et William Snow
Photo: Albin Michel Détail d’une planche tirée du livre Souris des bois. Une année dans la forêt d’Alice Melvin et William Snow

Au rythme des saisons
 

Depuis janvier enneigé jusqu’à décembre festif, en passant par juillet, le mois le plus chaud, la vie au coeur de la forêt bat au rythme des saisons. C’est ce que nous racontent William Snow et Alice Melvin dans Souris des bois. Une année dans la forêt, un album poétique, finement présenté et illustré avec grand art. Chaque double page s’ouvre sur un décor saisonnier gorgé de détails qui enrichissent et prolongent le court texte écrit à quatre mains par le couple Snow et Melvin. La nature se dévoile dans le trait minutieux et généreux de l’illustratrice, qui parvient à créer des atmosphères chaleureuses et à faire sentir toute la vie qui s’agite dans la forêt. Mai est propice au pique-nique, agréable sur cette nappe à carreaux débordant de victuailles, tout comme novembre est réconfortant autour du feu qui luit. Les décors sont enrichis de découpes et de rabats qui s’ouvrent sur l’intérieur personnalisé et accueillant des petites maisons rencontrées. On parcourt ainsi la forêt avec lenteur, laissant à l’oeil le temps de découvrir toute sa beauté.

Marie Fradette

Souris des bois Une année dans la forêt
★★★★
William Snow et Alice Melvin, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Ramona Badescu, Albin Michel jeunesse, Paris, 2022, 56 pages. À partir de 3 ans.

La richesse créative des enfants

 

La finale du concours de cabanes dans les arbres a sonné. Munie de son sac à dos, de son carnet de voyage, de son passeport et de ses jumelles, la grue s’envole à travers le monde découvrir l’inventivité des enfants. Elle s’arrête dans sept pays finalistes et détaille les arbres hôtes. Les particularités du camphrier du Japon, du cyprès mexicain, du figuier australien, pour ne nommer que ceux-là, sont présentées par l’oiseau. Chacun est par la suite scruté à la loupe dans une double page qui s’ouvre sur un décor animé. Les ramures regorgent d’espaces occupés par les jeunes qui vaquent à différentes activités, telles que la lecture, la cuisine, la sieste, le dessin ou le bricolage. Les lecteurs s’amuseront par ailleurs à retrouver la grue camouflée dans les scènes. Présenté dans un grand format qui épouse la majesté du sujet, Le concours de cabanes permet un rapide tour du monde tout en soulignant la richesse créative des enfants. On reprochera cependant le texte en lettres cursives qui reste peu adapté aux jeunes lecteurs.

Marie Fradette

Le concours de cabanes
★★★
Camille Garoche, Little Urban, Paris, 2022, 40 pages.À partir de 4 ans.
 

Les langues déliées du désir
 

Ma première fois, collectif sous la direction de Karine Glorieux, rassemble le récit de neuf autrices et auteurs qui relatent le souvenir impérissable de leur première relation sexuelle. Couvées par une vulnérabilité assumée, les histoires sont drôles, sensuelles ou touchantes, incarnant, chacune à leur façon, un baume pour apaiser la pression que revêt ce rite de passage. Ce n’est pas la première fois que l’on rassemble plusieurs voix pour aborder les récits des premières expériences sexuelles, mais les moeurs évoluent et l’exercice, même s’il n’est pas novateur en tous points, instruit sur les nouvelles pratiques, fruits d’une éducation sexuelle plus assumée qu’auparavant. « Une relation sexuelle, ça ne se définit pas juste par une pénétration. C’est tellement hétéronormatif pis… tellement… tellement 1996 comme vision », écrit notamment Jérémie Larouche. Une initiative que l’on espère libératrice et inspirante, là où les tabous imposent trop souvent le silence.

 

Yannick Marcoux

Ma première fois
★★★1/2
Collectif dirigé par Karine Glorieux, La Bagnole, Montréal, 2022, 248 pages. À partir de 14 ans.
 

Grand-maman Roseest toujours là

La pandémie semble avoir desserré l’étau qui coinçait nos existences, mais les deuils nombreux qu’elle nous a imposés pèsent toujours. Heureusement, certains albums nous offrent la puissance incandescente de leur lumière pour nous montrer le chemin qui s’étire devant. Si Rose était là, de Jennifer Couëlle, prête sa narration à Toinette, une jeune fille endeuillée par la mort de sa grand-mère, qui apprend à lui faire une nouvelle place dans son quotidien. Par une itération convoquant le souvenir de sa grand-mère, Toinette se rappelle à son influence bienfaitrice : « Si Rose était là, elle trouverait ça beau. Elle me dirait de prendre une photo avec mes yeux et de la conserver dans mon cerveau pour nos prochaines maisons en pain d’épice. » Une histoire déclenchée par la mort, mais qui offre le dernier mot à la vie, comme en témoignent les couleurs épanouies et le trait dynamique des illustrations de Bérengère Delaporte. « Il y a des moments où ce qui compte le plus est d’être consolé », nous dirait Rose.

Yannick Marcoux

Si Rose était là
★★★1/2
Texte de Jennifer Couëlle et illustrations de Bérengère Delaporte, La courte échelle, Montréal, 2022, 32 pages.À partir de 4 ans.

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