Un tour du monde par la littérature d’ailleurs

Avec «Iochka», le Roumain Cristian Fulasnous livre «un chant puissant dédié aux vies minuscules cassées et oubliées dans la grande course du monde».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Avec «Iochka», le Roumain Cristian Fulasnous livre «un chant puissant dédié aux vies minuscules cassées et oubliées dans la grande course du monde».

Le succès de ses deux premiers romans, Conversations entre amis et Normal People (L’Olivier, 2019 et 2021), tous les deux adaptés en séries télévisées, aura suffi pour faire de la jeune Sally Rooneyla nouvelle reine des lettres irlandaises. La « J. D. Salinger de la génération Snapchat », comme certains la surnomment, nous revient avec Où es-tu, monde admirable ? (L’Olivier, 28 septembre), un roman dans lequel elle examine les relations amicales et amoureuses de quatre trentenaires irlandais.

Après s’être intéressé à la vie de Henry James avec Le Maître (Robert Laffont, 2005), l’Irlandais Colm Tóibín reprend le filon biographique avec Le magicien (Grasset, novembre), dans lequel il reconstitue à sa manière l’existence de Thomas Mann, le célèbre auteur de La mort à Venise et de La montagne magique. Le grand écrivain allemand, lauréat du prix Nobel de littérature en 1929, a connu une vie familiale mouvementée et souvent dramatique, et a été le témoin de toutes les tragédies politiques de la première moitié du XXe siècle.

La romancière britannique Rachel Cusk (Arlington Park), née en Saskatchewan en 1967, revient avec La dépendance (Gallimard, septembre), son 11e roman, dont la version originale a été finaliste aux prix du Gouverneur général en 2021. Une sorte de huis clos tendu et étouffant dans lequel trois couples vont devoir cohabiter, intriguer et se jalouser dans le cadre d’une résidence d’artistes située dans la campagne anglaise, au bord de l’océan, « entre désirs étouffés, orgueil artistique et illusions déçues ».

L’auteur du Pingouin, l’Ukrainien Andreï Kourkov, nous reviendra pour sa part avec L’oreille de Kiev (Liana Levi, novembre). À Kiev, en 1919, la guerre civile fait rage, et la région est en proie à des combats qui opposent bolcheviques, indépendantistes ukrainiens, armée blanche et anarchistes. Un étudiant découvre que l’oreille tranchée de son père — tué sous ses yeux — continue à entendre et lui transmet par moments les bruits qu’elle capte…

À la mort de sa tante, l’écrivaine russe Maria Stepanova a dû vider un appartement plein de photographies surannées, de vieilles cartes postales, de lettres, de journaux intimes et de souvenirs : vestiges d’un siècle de vie en Russie. Une découverte qui déclenche chez elle un irrésistible besoin d’explorer les archives dont elle a hérité, retraçant l’histoire de sa famille et de l’Europe depuis la fin du XIXe siècle, révélant les non-dits, les mensonges et les faux-fuyants qu’elle explore dans En mémoire de la mémoire (Stock, novembre).

Lauréate du prix du livre de l’année en Suède pour Stöld (Robert Laffont, 5 octobre), Ann-Helén Laestadius met en scène, dans ce roman, une famille samie d’éleveurs de rennes confrontée à la xénophobie. Le roman retrace la lutte d’une jeune femme pour défendre son héritage et sa place dans une société où « les idées modernes se heurtent à une culture façonnée par les traditions et la peur ». De son côté, avec Et la forêt brûlera sous nos pas (Autrement, octobre), le journaliste Jens Liljestrandnous offrira un roman militant à l’heure des catastrophes climatiques. Alors que le centre de la Suède est ravagé par les flammes, les gens fuient et envahissent Stockholm, les infrastructures s’effondrent et mettent à mal le tissu social.

Dans Les vainqueurs (Gallimard, en librairie), Roy Jacobsen (Les invisibles, Les bûcherons) prend à bras-le-corps toute l’histoire de la Norvège au XXe siècle. Un roman dans lequel on suit la vie d’une famille emblématique de Norvège, de la côte du Helgeland jusqu’à Oslo, de l’été 1927 au printemps 1990. Parue en 1991 en Norvège, cette fresque romanesque a connu un immense succès critique et public. Par ailleurs, on jettera un oeil du côté la Suédoise Elin Cullhed, qui imagine dans Euphorie : un roman sur Sylvia Plath (L’Observatoire, 29 septembre) la dernière année de Sylvia Plath et colle au style flamboyant de l’autrice de La cloche de détresse (The Bell Jar), en se demandant si la « folie » de Plath ne serait pas, tout compte fait, celle du monde et de ses contradictions.

De l’aube à la nuit, au cours d’une journée caniculaire d’août, des adolescents, des hommes et des femmes se croisent dans une ville du sud de l’Espagne, des personnages au bord de la rupture ou qui tentent de prendre leur destin en main. Membre fondateur, avec Eduardo Lago, Enrique Vila-Matas et Jordi Soler, de l’Ordre littéraire des Finnegans — qui se réunit à Dublin tous les 16 juin en hommage à Joyce —, l’Espagnol Antonio Soler revient avec Sud (Rivages, 29 septembre), Premio de la critica 2019 en Espagne. « Un roman d’une créativité débordante et fascinante », selon le quotidien El País.

Adulé de ses élèves, admiré de ses collègues, apprécié de sa direction, un jeune enseignant du secondaire dans une petite ville du Japon mène une double vie de… psychopathe. Avec La leçon du mal (Belfond, 5 octobre), le Japonais Yûsuke Kishi signe une sorte d’American Psycho japonais, dit-on, critique féroce et jouissive d’une société enfermée dans ses codes.

Au coeur d’une vallée sauvage des Carpates, en Roumanie, un vieil homme fabrique du charbon de bois. Quand il ne sillonne pas les montagnes au volant de sa vieille Trabant, il se remémore son existence : la guerre, les camps soviétiques, Ceausescu. Avec Iochka, le Roumain Cristian Fulas (La Peuplade, 11 octobre) nous livre « un chant puissant dédié aux vies minuscules cassées et oubliées dans la grande course du monde ».

En 2019, un poète est invité par l’Université de Beira, sur la côte du Mozambique, quelques jours avant qu’un cyclone ne détruise entièrement la ville. Dans l’ombre de ce cataclysme, il retrouve son enfance et son adolescence dans ces rues où il a vécu dans les années 1970, mais fait aussi un voyage « vers le centre de son âme » et y trouve son père, un grand poète engagé dans la lutte contre la colonisation portugaise. Ce sera à lire dans Le cartographe des absences, le dernier roman du Mozambicain Mia Couto (Métailié, 20 octobre).

L’auteur de Love, etc. (prix Femina étranger en 1992) et du Perroquet de Flaubert, le Britannique Julian Barnes revient avec Elizabeth Finch (Mercure de France, octobre), un « roman d’amour pas du tout comme les autres », dans lequel un comédien dans la trentaine inscrit à un cours d’Histoire et de civilisation développe une amitié et une fascination pour son enseignante. À sa mort, des années plus tard, il hérite de ses papiers personnels et entreprend de saisir toute sa complexité. Un roman d’amour « étrange et romanesque », qui se double d’une enquête sur les mystères qui composent une vie.

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