Le Goncourt écarte Virginie Despentes de sa première sélection

Virginie Despentes est la vedette de cette rentrée littéraire française, avec des ventes qui ont atteint quelque 65 000 exemplaires, selon les chiffres avancés par son éditeur fin août.
Photo: Dominique Faget Agence France-Presse Virginie Despentes est la vedette de cette rentrée littéraire française, avec des ventes qui ont atteint quelque 65 000 exemplaires, selon les chiffres avancés par son éditeur fin août.

Premiers choix, premiers déçus : le roman de Virginie Despentes Cher connard, plus gros succès de la rentrée littéraire, ne remportera pas le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, écarté d’emblée parce que Despentes est une ancienne jurée.

L’autrice de Vernon Subutex, de retour au roman après cinq ans, a bénéficié d’une critique quasi unanime pour cet échange épistolaire sur les dépendances et le mouvement #MeToo. Mais Cher connard était hors course.

« Il n’a pas été évoqué parce que, pour nous, c’est une évidence : Virginie Despentes ne peut pas concourir », a expliqué à l’AFP le président de l’Académie Goncourt, Didier Decoin.

« Sur le plan éthique, c’était irrecevable. Et cela ne veut pas du tout dire que nous n’avons pas aimé le livre de Virginie, au contraire… » a-t-il ajouté.

Virginie Despentes est la vedette de cette rentrée littéraire française, avec des ventes qui ont atteint quelque 65 000 exemplaires, selon les chiffres avancés par son éditeur fin août.

Lauréate du prix Renaudot en 2010 pour Apocalypse bébé, Virginie Despentes fut elle-même jurée du Goncourt pendant quatre ans. Elle a démissionné en janvier 2020 pour se consacrer à l’écriture.

Les délibérations restent très opaques, mais Pierre Assouline, critique, journaliste et auteur, a déjà fait savoir sur son site Internet qu’il avait adoré deux titres de la première sélection. Ils apparaissent à ce stade parmi les favoris : La vie clandestine de Monica Sabolo, qui mêle histoire personnelle et enquête sur le groupe d’extrême gauche Action directe, et Le coeur ne cède pas de Grégoire Bouillier, retour en 900 pages sur un fait divers terrible des années 1990, l’agonie volontaire d’une vieille dame solitaire.

Heureuse surprise

 

D’autres titres sont perçus comme des prétendants sérieux par leur qualité d’écriture : Taormine d’Yves Ravey, roman noir qui se déroule en Sicile, Vivre vite de Brigitte Giraud, récit des derniers temps d’un mari qui s’est tué à moto, et Les presque soeurs de Cloé Korman, une enquête sur la Shoah.

Muriel Barbery, qui paraissait très loin des goûts du Goncourt avec son premier succès en 2007 (L’élégance du hérisson), est 15 ans plus tard dans la course avec Une heure de ferveur.

La première liste du Goncourt est toujours une heureuse surprise pour quelques romans discrets jusque-là. C’est le cas cette année pour Beyrouth-sur-Seine du Franco-Libanais Sabyl Ghoussoub, Une somme humaine de l'Haïtien Makenzy Orcel et Notre si chère vieille dame auteur d’Anne Serre.

Une fiction sur un conseiller de la présidence russe a été incluse malgré une parution en avril : Le mage du Kremlin de Giuliano da Empoli, recommandé parmi les lectures d’été du prix Renaudot.

Le jury désignera le lauréat ou la lauréate le 3 novembre.

Penchant pour les « grandes »

La sélection a prouvé le penchant du Goncourt pour les « grandes » maisons d’édition, avec trois auteurs de Gallimard, deux de Flammarion ou de Stock, un du Seuil, d’Albin Michel, d’Actes Sud ou encore de Minuit.

Des maisons « moyennes » s’y font une place plus réduite : Rivages, L’Iconoclaste et Sabine Wespieser.

L’éditeur de Cher connard, Grasset, ne place aucun titre dans cette première sélection, mais il pourra se rattraper avec d’autres prix d’automne. Le Renaudot suit mercredi, en divulguant sa première sélection.

Le prix littéraire des Inrocks a publié mardi une première sélection de vingt « romans ou récits français », où figure celui de Virginie Despentes. On y trouve d’autres titres non retenus par le Goncourt, quoique remarqués par la critique, comme La treizième heure d’Emmanuelle Bayamack-Tam, Vers la violence de Blandine Rinkel et Les exportés de Sonia Devillers.

Le Goncourt des lycéens, décerné le 24 novembre, planchera sur les mêmes titres que son aîné, avec 55 établissements associés de Lens (nord de la France) à New York, en passant par l’île de Martinique, dans les Caraïbes.

La première sélection :

 

  • Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
  • Grégoire Bouillier, Le coeur ne cède pas (Flammarion)
  • Nathan Devers, Les Liens artificiels (Albin Michel)
  • Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
  • Carole Fives, Quelque chose à te dire (Gallimard)
  • Sabyl Ghoussoub, Beyrouth-sur-Seine (Stock)
  • Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
  • Sarah Jollien-Fardel, Sa préférée (Sabine Wespieser)
  • Cloé Korman, Les presque soeurs (Seuil)
  • Makenzy Orcel, Une somme humaine (Rivages)
  • Yves Ravey, Taormine (Minuit)
  • Pascale Robert-Diard, La Petite Menteuse (L’Iconoclaste)
  • Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)
  • Monica Sabolo, La Vie clandestine (Gallimard)
  • Anne Serre, Notre si chère vieille dame auteur (Mercure de France)

 



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