«Exercices de joie»: malgré tout, le bonheur

La poète Louise Dupré est mère, et elle consacre de longs passages à ce métier de tenir l’enfant face à la vie, à cette urgence de résister pour lui, à faire savoir que l’avenir a un nom, une existence.
Photo: Toma Iczkovits La poète Louise Dupré est mère, et elle consacre de longs passages à ce métier de tenir l’enfant face à la vie, à cette urgence de résister pour lui, à faire savoir que l’avenir a un nom, une existence.

Louise Dupré a voulu consacrer un triptyque aux « possibilités du poétique face à l’horreur ». Commencé avec Plus haut que les flammes (2010) et poursuivi avec La main hantée(2016), voici son troisième volet avec ses Exercices de joie. S’y déploie un mot presque tabou, la joie, en ces temps de dissolution, porté haut, au coeur de son coeur, battant le ralliement du vivant. On reconnaît ici une oeuvre majeure, pleine de maturité et offerte tel un aboutissement.

Comme s’il fallait encore le prouver, voici une oeuvre qui impose non seulement un souffle, mais aussi une voix authentique et particulière, reconnaissable dès l’abord, voix dont on a le goût constant d’entendre le vacillement, l’inquiétude et la douceur, l’immense mansuétude, volontaire, harnachée à se dire résolue à combattre la déploration.

Comme dans les deux premiers volets, la poésie se manifeste en vers libres et en prose. S’y entend « la douceur // comme une discipline / de combat // une charité à [s]e faire / à [s]oi-même. » Ce ton confidentiels’impose à travers un « tu » auquel s’adressent les textes, un « tu » qu’on entend comme l’autrice elle-même, mais aussi comme adresse à la lectrice comme au lecteur, mis dans le secret de cette inavouable « joie » recherchée : « Tu dis joie en pensant catastrophe. Tu aperçois le ciel en flammes, les nuages calcinés, et des essaims d’oiseaux s’écrasant au sol, ou peut-être s’agit-il d’anges habitués à garder les enfants durant la nuit. »

Et c’est sans doute le combat le plus doux qu’il nous ait été donné à lire depuis longtemps que cette revendication d’un bonheur éphémère, ce qu’il faut bien définir comme une survivance. La poète est mère, et elle consacre de longs passages à ce métier de tenir l’enfant face à la vie, à cette urgence de résister pour lui, à faire savoir que l’avenir a un nom, une existence. « Tu ne veux pas être oubliée de la douceur », dit-elle encore, comme elle le doit aussi à l’enfant qui va.

Sans doute a-t-elle raison de signaler : « Tu te méfies des phrases qui pourraient écraser la lumière », si elle veut mener à terme son entreprise de vivre, de sauver les mots, justement ceux des « poètes capables de recycler mille fois les mots ».

La poète pose ainsi la question essentielle de son entreprise : « Donner un sens à la joie, est-ce une épreuve insurmontable ? » Ce recueil en entier lumineux est la belle réponse qu’elle nous propose, ce qui lui fait « dire que la détresse n’est pas insurmontable ». Ce « vent vertical » que pourrait être la poésie est une grande réponse au défaitisme, car la poète « appartien[t] à la généalogie des femmes qui n’ont jamais renoncé ».

Exercices de joie

★★★★ 1/2

Louise Dupré, Le Noroît, Montréal, 2022, 144 pages. En librairie le 6 septembre.

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