La littérature québécoise tient le coup

La Librairie Un livre a soi prépare ses étals en vue de la journée J’achète un livre québécois
Photo: Adil Boukind / Le Devoir La Librairie Un livre a soi prépare ses étals en vue de la journée J’achète un livre québécois

Après avoir connu une croissance spectaculaire durant la pandémie, la littérature d’ici voit sa popularité s’estomper depuis le début de l’année en librairie. En ce 12 août, journée du livre québécois, le milieu de l’édition n’est toutefois pas en peine, fort de ventes qui restent largement supérieures aux niveaux prépandémiques.

« C’est une baisse à laquelle on s’attendait, avec la reprise des autres activités culturelles », dit Arnaud Foulon, président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). « Durant la pandémie, le livre était devenu un refuge pour de nombreuses personnes en l’absence de théâtre, de cinéma, de musées… C’est normal que la littérature redonne maintenant un peu de parts de marché aux autres offres culturelles. »

Durant la pandémie, le livre était devenu un refuge pour de nom-breuses personnes en l’absence de théâtre, de cinéma, de musées… C’est normal que la littérature redonne maintenant un peu de parts de marché aux autres offres culturelles.

 

De janvier à juillet 2022, les ventes pour la littérature québécoise ont diminué de 6,6 % par rapport à la même période l’an passé, constate la Banque de titres de langue française (BTLF). Ces chiffres sont toutefois à relativiser au vu des deux années records que vient de connaître l’industrie.

Les achats de romans, d’essais et de recueils provenant du Québec avaient en effet bondi de près de 27 % en 2020 par rapport à 2019 chez les détaillants indépendants. Puis, les ventes avaient une nouvelle fois augmenté de 21 % au cours de 2021.

Acheter local


 

Conséquence de cette hausse vertigineuse : il s’est vendu l’an dernier presque autant de livres québécois que d’oeuvres de l’extérieur dans les librairies indépendantes, là où les éditeurs étrangers représentaient 60 % des ventes il y a à peine quatre ans.

« Ce qui a changé durant la pandémie, c’est qu’on sent vraiment que les gens arrivent en librairie avec l’idée d’acheter québécois. Un peu comme à l’épicerie, où les gens veulent acheter des produits québécois », indique Arnaud Foulon, qui se dit peu préoccupé par la baisse des ventes.

Lisez tous nos textes sur «Le 12 août, j'achète un livre québécois»

Au contraire, il constate que l’intérêt pour la littérature locale demeure, malgré le retour à la normale qui donne pourtant moins de temps pour lire que durant les confinements. Pour preuve : les chiffres pour les nouveautés québécoises sont plutôt stables en comparaison de ceux de 2021, les ventes de livres publiés dans l’année ayant baissé d’à peine 1 %.

Ce sont donc surtout les oeuvres plus anciennes qui restent davantage sur les étagères depuis la fin des mesures sanitaires.


 

Amenuisement du pouvoir d’achat

Ces données de la BTLF ne tiennent compte que des librairies indépendantes, mais le principal détaillant au Québec, Renaud-Bray, dit observer une tendance similaire.

 

« On croyait qu’avec la fin de la pandémie, les ventes de livres québécois allaient retrouver leur niveau de 2019, mais non, ça n’a pas beaucoup baissé. Il s’agit de voir, maintenant, si cet intérêt va se maintenir cet automne et jusqu’à Noël, soit la période où il y a le plus de sorties de livres », précise Floriane Claveau, directrice des communications de la chaîne, qui comprend aujourd’hui également l’enseigne Archambault.

L’inflation pourrait d’ailleurs faire de l’ombre à ces données réjouissantes, craint l’ANEL. L’augmentation du prix des livres ne serait pas en cause, mais plutôt le pouvoir d’achat qui s’amenuise depuis quelques mois.

Le coût des livres n’a crû en moyenne que de 5 % en un an, notamment à cause de la pénurie de papier qui a affecté la chaîne d’approvisionnement durant la pandémie. Or, cette hausse des prix paraît assez ténue dans un contexte où les prix à la consommation ont augmenté de plus de 8 % au pays en juin.

« On ne se fait pas parler du prix des livres. Il faut dire que 5 %, c’est peu, quand on sait que le prix des livres n’avait à peu près pas bougé en 20 ans. Là où l’inflation risque de nous faire mal, par contre, c’est parce que les gens ont moins d’argent pour acheter des livres une fois qu’ils ont payé l’épicerie. Ça, on commence à s’en faire parler », relate Arnaud Foulon, qui dirige également les Éditions Hurtubise.

Malgré tout, les libraires se préparent à une autre journée lucrative vendredi, grâce à l’initiative « J’achète un livre québécois ».

Depuis 2014, les lecteurs québécois sont encouragés à se procurer un livre d’ici tous les 12 août. La campagne porte ses fruits : dès l’année suivant la première édition, la BTLF avait noté une hausse des ventes de 11 %. Un an auparavant, la littérature québécoise battait de l’aile, accusant un recul en magasin de plus de 8 % entre 2013 et 2014.



À voir en vidéo