«À nos filles», le monde est à vous

La romancière Michèle Plomer
Photo: Justine Latour La romancière Michèle Plomer

Armée de questions délicates, mue par un élan de bienveillance et la volonté d’éclairer les générations montantes, Michèle Plomer est allée à la rencontre de femmes marquantes pour les inviter à s’adresser aux jeunes filles.

Parmi ces femmes se trouve une majorité de créatrices — poètes, peintres, réalisatrices —, dont Joséphine Bacon, Paule Baillargeon, Marie-Claire Blais, Manon Barbeau, Marion Wagschal, Denise Desautels, Brigitte Haentjens, des femmes issues du milieu communautaire oeuvrant auprès de populations immigrantes (Yasmina Chouakri et Marjorie Villefranche), la pédiatre-hématologue Yvette Bonny et la religieuse et directrice de la librairie Paulines, Jeanne Lemire.

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Pendant que Justine Latour tirait leur portrait, toutes répondaient avec générosité aux questions de Michèle Plomer. Le résultat est une mosaïque d’expériences et de points de vue partagés pour permettre aux plus jeunes d’avancer en évitant les pièges. Un exercice qui cristallise le chemin parcouru, qui célèbre les victoires et qui nomme les batailles à mener.

« Nous avons fait beaucoup de chemin parce que nous avons appris à prendre la parole. Nous parlons plus, et parce que nous parlons plus, nous parlons mieux, avec un aplomb que pour la plupart nous n’avions pas, et nous parlons mieux de ce qui nous concerne et concerne le monde », relève avec pertinence la poète Denise Desautels.

Photo: Justine Latour La photographe Justine Latour

Quelle chance d’entendre ces femmes remarquables s’exprimer avec l’intelligence du coeur qui les caractérise ! On renoue avec les mots de Marie-Claire Blais et avec sa lucidité exceptionnelle. Elle recommande aux jeunes filles de vivre avec passion, avec autonomie, et de faire des choix qui sont les leurs. Comme il est bon, éclairant et libérateur de lire Nicole Brossard sur la colère qui l’anime ; Brigitte Haentjens à propos de désir et de sexualité ; Yasmina Chouakri et Marjorie Villefranche évoquer la notion de privilège et le défi, pour les jeunes immigrantes, de conjuguer les valeurs de leurs pays d’origine et l’urgence de s’intégrer à leur terre d’accueil ; la peintre Marion Wagschal aborder la délicate question de l’insécurité financière ; la libraire et religieuse féministe Jeanne Lemire s’exprimer sur le leadership féminin. Tous les sujets importants y sont : prendre sa place, résister au sentiment de culpabilité, s’écouter et se faire entendre, la maternité, le pouvoir, la religion, le courage, la rivalité… Chacune livre au passage un précieux conseil aux jeunes filles.

Puisque le livre leur est adressé, il aurait été intéressant de leur présenter de manière plus détaillée le travail et les trajectoires de ces femmes admirables. La forme « question-réponse » a quelque chose de répétitif lorsqu’elle s’échelonne sur plus de 300 pages… On aurait aimé que la magnifique plume de Michèle Plomer puisse se déployer davantage, peut-être dans l’exercice de portraits plus denses ou sous la forme épistolaire ?

Au fil de la lecture, on en vient à se dire qu’il aurait été enrichissant d’ouvrir la discussion aux autres générations, pour voir ce que les jeunes filles peuvent aussi apprendre à celles qui les ont précédées. Mais ne boudons pas notre plaisir ! À nos filles est un livre ardent, qui fait du bien et qui nous élève.

À nos filles

★★★ 1/2

Michèle Plomer et Justine Latour,



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