«Les rues de Laredo», un western prémonitoire

Larry McMurty
Photo: Diana Lynn Ossana Larry McMurty

Ouf. C’est probablement ce que vous vous direz en tournant la dernière page de ce livre touffu dont les personnages surdimensionnés et les paysages impossibles ne vous quitteront plus avant longtemps. Les mots manquent pour décrire cette immense saga campée dans l’Ouest américain à la fin du XIXe siècle. Grandiose ? Homérique ?

Dans les faits, la série Lonesome Dove, dont le premier volet a remporté le Pulitzer-Fiction en 1986, se décline en deux autres gros romans et se termine ici avec Les rues de Laredo (1993), publié enfin en français dans la collection poche de Gallmeister (Totem). On peut lire le roman sans avoir à connaître ce qui s’est passé dans la première partie. Soyez prévenus toutefois ; c’est une histoire particulièrement dure qui se déroule à la frontière du Texas et du Mexique, aux confins de ce qui était encore à l’époque le bout du monde « civilisé ».

Le mot « civilisé » est d’ailleurs plutôt inopportun dans cet univers implacable où dominent la violence, la brutalité et la loi du plus fort. Et c’est d’ailleurs pour mettre fin à la violence que le chasseur de prime Woodrow Call se retrouve à la tête d’une petite équipe partie à la recherche d’un pilleur de train — qui prend beaucoup de plaisir à dévaliser les voyageurs les plus fortunés avant de les abattre — et, accessoirement, d’un brûleur d’hommes psychopathe. Rien de moins.

Survivre, coûte que coûte

 

Le voyage sera long et particulièrement difficile. On verra d’abord se constituer l’équipe hétéroclite de Call avant qu’elle passe la frontière mexicaine… puis ses membres disparaîtront sous nos yeux, un à un. Il ne restera plus bientôt que le vieux ranger qui aura eu le temps de débarrasser le monde de l’ignoble Mox-Mox, le brûleur d’hommes, avant d’être frappé lui aussi par le pilleur de train. Diminué, gravement atteint, Call accomplira néanmoins sa mission grâce à l’un de ses anciens acolytes qui éliminera finalement le hors-la-loi.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intrigue est touffue et qu’il est ridicule de penser la résumer en un paragraphe. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que le livre de McMurtry repose sur des personnages hors du commun évoluant dans des paysages inhumains où ils doivent constamment faire face à leurs limites. Les hommes, et encore plus les femmes, qui osent vivre dans les contrées où voyagent Call et son équipe luttent en permanence pour survivre devant la brutalité la plus primaire. Dans ce Ouest-là, on traite les gens comme du bétail, mais au-delà du personnage mythique du cow-boy justicier, on aura la surprise de découvrir des personnages féminins absolument dominants qui réussissent à changer peu à peu la donne.

Rappelons en terminant que Larry McMurtry, qui est décédé l’an dernier, est un immense personnage. Il a vu plusieurs de ses livres portés au cinéma (Hud, The Last Picture Show, etc.) et à la télévision, souvent sous forme de séries. Avant de mériter son Pulitzer, il a entre autres écrit Terms of Endearment (1975)… qui obtint l’Oscar du meilleur film une fois adapté au grand écran en 1983. Il a aussiremporté un Oscar en coscénarisant Brokeback Mountain (2006). Un monument, donc. Et un grand livre.

Les rues de Laredo

★★★★

Larry McMurtry, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christophe Cuq, Gallmeister « Totem », Paris, 2022, 775 pages

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