Au tribunal, Stephen King exprime son effroi face à la concentration dans l’édition

Stephen King a décrit pendant près d’une heure les évolutions qu’a connues le secteur au cours de sa longue carrière.
Patrick Semansky Associated Press Stephen King a décrit pendant près d’une heure les évolutions qu’a connues le secteur au cours de sa longue carrière.

C’est au tour du maître de l’horreur d’être « inquiet » : Stephen King, auteur d’effrayants succès de librairie, a confié mardi devant un tribunal américain ses craintes face à la concentration grandissante dans le secteur de l’édition.

Le père d’ouvrages comme Shining et Ça a témoigné à Washington contre le projet de fusion entre son propre éditeur, Simon & Schuster, et le géant Penguin Random House, une opération évaluée à près de 2,2 milliards de dollars.

Le gouvernement américain s’oppose à la naissance d’un mastodonte doté d’une « influence démesurée sur les auteurs et les oeuvres qui sont publiés, et sur les sommes versées aux auteurs », et a demandé à Stephen King d’être son témoin vedette lors du procès.

Vêtu d’un costume-cravate gris reflétant le sérieux des enjeux, cet homme de 75 ans à la silhouette longiligne et aux traits angulaires a décrit pendant près d’une heure les évolutions qu’a connues le secteur au cours de sa longue carrière.

« Je suis ici parce que je pense que la consolidation est mauvaise pour la compétition », a-t-il expliqué.

« Cela fait environ 50 ans que je suis dans le commerce de livres. Quand j’ai commencé, il y avait littéralement des centaines d’éditeurs. Un par un, ils ont été avalés par d’autres ou ils ont mis la clé sous la porte. »

En conséquence, « il est devenu de plus en plus dur pour les écrivains de trouver assez d’argent pour vivre ».

Un « monde difficile »

Au coeur du dossier : les avances sur recettes que les éditeurs offrent à leurs auteurs avant la rédaction des oeuvres. Les nouveaux venus n’y ont généralement pas droit, ou peu, mais pour les auteurs populaires, les maisons d’édition rivalisent et parfois surenchérissent entre elles.

Stephen King a confié que son premier chèque, en 1974, était de 2500 dollars. Il l’a reçu pour Carrie, dont les ventes ont explosé après son adaptation au cinéma.

Après une poignée d’autres livres qui se sont bien vendus, dont Shining, il avait proposé à son éditeur de lui réserver ses trois prochains ouvrages en échange de deux millions de dollars. Celui-ci avait refusé « en éclatant de rire ».

Stephen King était parti ailleurs, avait fait jouer la concurrence et avait enchaîné les succès dans les années 1980 avec des éditeurs renommés, tout en continuant à publier une partie de ses livres auprès de maisons plus confidentielles et moins rémunératrices.

« J’ai eu la chance de pouvoir me le permettre, de ne plus avoir à suivre mon compte en banque, pour suivre mon coeur », a déclaré Stephen King, qui s’était déjà distingué en 2012 en plaidant pour une hausse de l’imposition des plus riches, y compris de sa propre fortune.

Bien conscient d’être privilégié, il a déploré que ses confrères opèrent dans « un monde difficile ». À la sortie de l’audience, il a ajouté être « très inquiet », tout en signant des autographes.

Le procès doit encore durer deux semaines.

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