«Microfictions 2022», Régis Jauffret

Pour laver les personnages de leurs obsessions, l’eau de Javel, la savonnade chlorée, le poison et les jets d’acide y coulent à flots, instruments tour à tour de suicides ou de meurtres prémédités.
Photo: Gallimard Pour laver les personnages de leurs obsessions, l’eau de Javel, la savonnade chlorée, le poison et les jets d’acide y coulent à flots, instruments tour à tour de suicides ou de meurtres prémédités.

Tout comme les deux autres Microfictions qui les ont précédées (en 2007 et 2018, prix Goncourt de la nouvelle), les Microfictions 2022 de Régis Jauffret forment un gros roman multiple et impitoyable dans lequel l’amour est une chose vulgaire et où le bonheur n’existe pas. Avec sa touche pointilliste, cinq cents fois et toujours en moins de deux pages, l’auteur de Fragments de la vie des gens (2000) et d’univers, univers (2003, prix Décembre) nous décline à la première personne l’éventail des noirceurs humaines en autant de contes cruels. Pour laver les personnages de leurs obsessions, l’eau de Javel, la savonnade chlorée, le poison et les jets d’acide y coulent à flots, instruments tour à tour de suicides ou de meurtres prémédités. Une machine à inventer des histoires qui a du coffre et qui dresse, à travers son foisonnement, un portrait fortement biaisé de l’humanité, « cette usine à squelettes ». Dans ce qu’elle a de plus vil, de banal, de sordide ou de tragique. Nihiliste, mais toujours fascinant.

 

Microfictions 2022

★★★ 1/2

Régis Jauffret, Gallimard, Paris, 2022, 1024 pages

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