«La colline aux disparus»: chacun son bout du monde

Ce huitième roman en un peu plus de dix ans est un des plus réussis de Tana French, elle-même une Américaine vivant en Irlande depuis plusieurs décennies.
Photo: Jessica Ryan Ce huitième roman en un peu plus de dix ans est un des plus réussis de Tana French, elle-même une Américaine vivant en Irlande depuis plusieurs décennies.

Passer sa retraite en Irlande, c’est le bonheur. C’est du moins ce que se dit Cal Hooper, ancien policier du Chicago PD qui se retrouve là, presque sur un coup de tête, au moment d’un divorce mal (di)géré couplé à un ras-le-bol de crimes violents. Et le voilà donc dans un coin perdu de la lande irlandaise, près du petit village d’Ardnakelty : seul, au bout du monde.

Hooper s’installe lentement et se lie avec ses rares voisins, dont l’énigmatique Mart, un personnage étonnant qui sait tout sur tout le monde… lui y compris. Il se met aux habitudes du coin — pub, musique irlandaise, crus locaux — tout en retapant, une pièce à la fois, la maison abandonnée qu’il vient d’acheter. Cal se gave du paysage aussi, bucolique à souhait, sauvage même… mais son instinct de flic lui dit qu’il est surveillé.

En fait, on découvrira qu’il l’est doublement. Par un peu tout le monde, on s’en doutait puisqu’on se méfie partout des étrangers, mais aussi par un gamin du coin, Trey. Ils mettront un peu de temps à se faire confiance puis Trey demandera carrément au policier à la retraite de retrouver son frère aîné, Brendan, disparu sans laisser de traces depuis quelques mois.

Un lien très fort s’établit rapidement entre les deux écorchés ; l’ancien policier se mettra bientôt à se renseigner discrètement et découvrira un tas de choses pas claires. Avec lui, on apprend que Trey et son frère font partie d’une famille de parias rejetée par les gens du coin. Mais « on » n’aimepas le voir poser trop de questions et se mêler de ce qui ne le regarde pas ; « on » le lui fait comprendre de tellement de façons que Hooper saisit rapidement que la disparition de Brendan cache quelque chose d’important. Le problème, c’est que la seule personne à laquelle il peut vraiment se fier est Trey…

Le nouvel arrivant se fera donc encore plus discret tout en tissant une nouvelle complicité avec Léna, une fille du coin. Il creusera toutes les pistes qu’il trouvera et, lorsque Trey lui fait découvrir un des repaires secrets de son frère aîné, l’ex-enquêteur du Chicago PD comprend enfin de quoi il est question depuis le début. Mais bien sûr, on ne vous le dira pas ici…

Ce huitième roman en un peu plus de dix ans est un des plus réussis de Tana French, elle-même une Américaine vivant en Irlande depuis plusieurs décennies. C’est cette connaissance intime des gens, du pays et de ses habitudes profondes qui transparaissent dans son écriture vive, précise et touffue tout à la fois.

Ajoutez à cela une façon unique de décrire ce paysage dur et attachant, dans lequel vit une impressionnante galerie de personnages, parfois tout en demi-teintes et d’autres fois, bruts. En prime, ce climat est fort bien rendupar une solide traduction… et vous voilà donc avec le parfait thriller à mettre dans vos bagages pour les vacances. Tchin.

La colline aux disparus

★★★ 1/2

Tana French, traduit de l’anglais par Éric Moreau, Calmann-Lévy, Paris, 2022, 460 pages

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