La sélection d'​albums ​jeunesse de mois de juillet

Une planche tirée de l’album «Hardie comme une souris», de Nicolo Carozzi Albin Michel
Photo: Albin Michel Une planche tirée de l’album «Hardie comme une souris», de Nicolo Carozzi Albin Michel

Une majesté déculottée

 

Avec sa plus récente bande dessinée, Reine Babette, Rémy Simard n’a pas craint de plonger dans l’absurde. On retrouve la princesse Babette « dans un monde très loin du nôtre », au moment où son destin s’apprête à basculer. Déjà abandonnée par sa mère, qui « a quitté pour un monde meilleur — la Côte d’Azur », la moitié du haut du corps de son père est portée disparue : « Nous avons regardé sous le lit et elle n’y est pas. » Sur-le-champ, la jeune princesse est sacrée reine, couronnée d’une bobette royale. Son premier mandat : retrouver les kidnappeurs qui ont pris la partie supérieure de son père. Tandis que la trame suit une logique rationnelle, qui permet au jeune lectorat de suivre aisément l’histoire, les éléments qui la composent s’appuient sur des ressorts comiques et absurdes, qui se jouent des codes du conte traditionnel. Le ton badin trouve d’ailleurs un écho hilarant dans le détail des planches qui, foisonnantes, sont truffées de gags que l’on prend plaisir à chercher. Du bonbon.

Yannick Marcoux


Reine Babette
★★★ 1/2
Rémy Simard, La Pastèque, Montréal, 2022,72 pages. À partir de 6 ans.

 

Éloge de la lenteur

 

Des jours comme ça postule que tous les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Ou plutôt, qu’il nous incombe d’extirper les trésors cachés que le quotidien nous offre. Porté par le texte simple d’Oriane Smith, présenté d’un jet en ouverture, puis découpé en phrases indépendantes pour accompagner les illustrations, l’album nous offre diverses scènes du jour ou de la nuit, déclinées selon deux points de vue. Temps d’arrêt, moments de flottement et instantanés majestueux, les illustrations nous invitent à ralentir la cadence et à prendre ce que le décor et la vie grouillante qui nous entoure offrent à nos yeux. Contemplatives, les illustrations d’Alice Gravier ne lésinent sur aucun détail, montrant une nature généreuse, portée aux nues par un trait précis et attentif. Ses saisissants tableaux, presque hypnotiques, éveillent nos sens, et on peut entendre l’apaisante stridulation des criquets, goûter le sucre des fraises et humer le parfum printanier des fleurs. De la beauté, érigée en mantra.


Yannick Marcoux

Des jours comme ça
★★★ 1/2
Texte d’Oriane Smith et illustrations d’Alice Gravier, Comme des géants, Verchères, 2022, 40 pages. À partir de 4 ans.

 

Dans l’antre de l’ogre

 

Pendant que sa maman plonge le nez dans les nouveautés, Maya est conduite dans les coulisses de la librairie. Un ogre, timide, l’accueille de sa voix « d’arbre, moussue et douce ». Avec ses manières de « roi d’Angleterre », il n’a rien, sinon la carrure, de la réputation qui le précède. Tout le contraire de l’histoire qu’il s’apprête à raconter à la fillette. Si cette relation entre le mythique colosse et l’enfant relève du déjà vu, l’écriture poétique de Céline Sorin, ses tournures métaphoriques, son sens du récit et l’angle emprunté sortent rapidement l’histoire des clichés. La richesse d’écriture de L’ogre de la librairie est complétée, voire transportée par les illustrations toutes en rondeurs de Célia Chauffrey qui regorgent de détails, de personnages issus du conte merveilleux dissimulés ici et là dans les différents tableaux. S’ajoutent à cela une variation des perspectives ainsi que quelques rabats qui étendent le paysage, épousant par le fait même l’état de cet ogre, qui est « prêt à se plier en quatre » pour faire rêver la fillette.


Marie Fradette

L’ogre de la librairie
★★★ 1/2
Céline Sorin et Célia Chauffrey, École des loisirs, Paris, 2022,32 pages.À partir de 5 ans.

 

Ode à la liberté

 

Dans une maison silencieuse et sombre, un poisson tourne dans son bocal. Devant tant d’ennui, la souris décide de l’amuser, mais rapidement cette animation éveille l’intérêt des trois chats, qui se lancent à la poursuite de la gerboise. Poussée par son courage, elle les mène dans le garde-manger, où ils trouvent plus intéressant à se mettre sous la dent. Repus, ils s’endorment pendant que le rongeur et sa bande ont l’idée de transporter le poisson dans la rivière. Une traversée plutôt téméraire. Premier album en tant qu’auteur-illustrateur pour Nicolò Carozzi, Hardie comme une souris est une histoire aussi intemporelle que fascinante, de celles qui s’inscrivent dans cette littérature vibrante, riche et dotée de grands pouvoirs. Le texte court, rythmé et répétitif, invite le lecteur à rester à l’affût des événements qui s’enchaînent. Le réalisme poétique des illustrations de Carozzi laisse place à des jeux d’ombres et à des tableaux atmosphériques dans lesquels se déploie toute l’émotion vécue par les personnages. Fameux.


Marie Fradette​

Hardie comme une souris
★★★★
Nicolò Carozzi, Albin Michel, Paris, 2022, 40 pages. À partir de 3 ans.
 

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