Notre sélection de polars du mois de juillet

La sélection du mois de juillet de Michel Bélair et de Sonia Sarfati
 
Photo: iStock La sélection du mois de juillet de Michel Bélair et de Sonia Sarfati
 

À fleur de peau

 

Thriller particulièrement réussi, Qui est là ? vous laissera les nerfs à fleur de peau. L’intrigue est complexe et bâtie sur une série de porte-à-faux et de faux-fuyants. On parcourra la Suède puis l’Albanie sur les traces d’une petite fille de cinq ans dont les parents ont été brutalement assassinés… et l’on découvrira des trafiquants d’armes. Avec, à la clé, des fuites provenant de l’intérieur même de l’hôtel de police et qui mettront, encore une fois, la vie de jeunes enfants en jeu. Des personnages fascinants, dont le commissaire Ewert Grens, un vieux bourru particulièrement perspicace, un « infiltré » aussi, Hoffman, remarquablement prévoyant et créatif, et une petite fille devenue grande que l’on n’attendait plus… et surtout pas où on la trouve. Tout cela repose sur un art du découpage et de la mise en scène hors du commun brillamment rendu par la traduction. On notera ici la maîtrise exceptionnelle d’Anders Roslund qui a pourtant l’habitude d’écrire à quatre mains — surtout avec Börge Hellström — et qui tient le lecteur en haleine comme cela n’est (presque) pas permis.
 

Michel Bélair


Qui est là ?
★★★ 1/2
Anders Roslund, traduit du suédois par Catherine Renaud, Mazarine, Paris, 2022, 496 pages

 

Un souffle étonnant

 

Une découverte. Autant pour l’écriture que pour la richesse de l’argumentation morale autour d’une question qui semble anodine, mais qui remet tout en perspective : quel est le poids de l’amitié ? On semble loin du polar, mais, au contraire, tout cela surgit dans Le serment à l’occasion d’un meurtre sanglant commis dans une petite ville finlandaise lors d’une beuverie sans nom étalée sur plusieurs jours et impliquant des dizaines de personnes aux facultés beaucoup plus qu’affaiblies. Trois principaux personnages : la victime, l’assassin et le commissaire de police qui a délégué l’affaire à deux de ses enquêteurs. Ces trois hommes se connaissaient vingt ans plus tôt : le tueur et le policier étaient même les meilleurs amis du monde face à la brute ubuesque qui terrorisait la cour d’école avant de se transformer en victime. Avant et maintenant. Le temps des serments et celui de la triste réalité qu’est devenue la vie du policier comme celles des deux autres. Un souffle et une rigueur étonnante. Une façon aussi de décrire le dehors, la nature et les autres que l’on n’oublie plus, même le livre refermé…
 

Michel Bélair


Le serment
★★★ 1/2
Arttu Tuominen, traduit du finlandais par Anne Colin du Terrail, La Martinière, Paris, 2022, 432 pages

 

La survenante

 

Narratrice de L’incendiaire de Sudbury, Emmanuelle a quitté Montréal il y a quelques années. Elle vit depuis à Sudbury, qu’elle observe avec une indifférence de surface. Elle gagne sa vie en faisant du design de sites Web. Elle a un amant. César. En fait, elle avait un amant. Il ne lui donne plus signe de vie depuis des mois. Banal. Ou pas : il ne veut plus rien savoir d’elle ou il fait partie de ces hommes qui disparaissent des rues de la ville ? La question s’impose à Em quand l’un des disparus est retrouvé. Mort. La jeune femme veut y voir clair. Elle cherche donc dans la nuit. Et s’approche ainsi de l’épouse de César, l’énigmatique docteure Herman. Il y aura risques et péril en la demeure. Pour ce premier roman, la poète Chloé LaDuchesse, elle aussi expatriée de Montréal, fouille, avec un sourire en coin, les bas-fonds de sa ville d’adoption qu’elle peuple de personnages aussi fascinants que nombreux. Dépaysement garanti par le lieu, le style, la langue et la façon d’approcher le roman noir.
 

Sonia Sarfati


L’incendiaire de Sudbury
★★★ 1/2
Chloé LaDuchesse, Héliotrope noir, Montréal, 2022, 243 pages

 

Hors-la-loi, haut les coeurs

 

Le romancier britannique Chris Whitaker raconte si bien les États-Unis qu’on s’y croirait, dans cette petite ville côtière de la Californie appelée Cape Haven. Parmi ses habitants, des personnages aux (sur)noms révélateurs. Walk, le shérif qui chancelle. Star, dont la lumière a pâli 30 ans plus tôt quand sa jeune soeur est décédée. King, jugé responsable de la mort de l’enfant. Darke, le sombre homme d’affaires. Et la fille de Star, « la hors-la-loi Duchess Day Radley », comme elle l’annonce, du haut de ses 13 ans, à qui se met au travers de son chemin. Aujourd’hui plus que jamais, l’adolescente prend soin de sa mère qui dérive dans la vie ; et de Robin, son fragile petit frère. Parce que le drame vient encore les frapper.Duchess est un formidable roman hybride. Ici, récit initiatique. Là, roman noir. Ailleurs, drame psychologique. Ailleurs encore, thriller juridique. Autant de fibres que Chris Whitaker tresse avec adresse, insufflant de l’âme à ses personnages et du corps à un récit qui flotte parfois un peu, mais qui peut se raccrocher à une ancre indéfectible, Duchess.
 

Sonia Sarfati


Duchess
★★★★
Chris Whitaker, traduit de l’anglais (Angleterre) par Julie Sibony, Sonatine, Paris, 2022, 519 pages
 

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