«Panique générale» : tous aux abris!

Avec ce roman, l’auteur du «Dahlia noir» et de «L.A. Confidential» prend une pause de son «Second quatuor de Los Angeles», dont deux tomes sont présentement publiés
Photo: Éditions Rivages Avec ce roman, l’auteur du «Dahlia noir» et de «L.A. Confidential» prend une pause de son «Second quatuor de Los Angeles», dont deux tomes sont présentement publiés

Il fournit cocaïne et cachets de Dexédrine à JFK le sénateur-pas-encore-président. Il arrange un mariage pour Rock Hudson afin de faire taire les rumeurs voulant que l’acteur préfère les garçons aux filles. Il renvoie dans son pays la femme de ménage mexicaine enceinte de Dean Martin. Il trouve un avorteur pour Lana Turner et protège la réputation de John Wayne, qui aime s’habiller en femme. Il traîne avec Jimmy, Dean pas-encore-James-ni-star, à qui il présente les « bonnes personnes ».

À première vue, il semble utile, ce Freddy Otash qui sait tout (et pour cause, il a le Tout-Los Angeles sur écoute) et qui est bien placé pour ce faire (il travaille au LAPD). Sauf que son savoir et son savoir-faire, il les monnaye et les fait fructifier : proxénète, arnaqueur, maître chanteur, toxicomane, voleur, name it !, il est aussi une intarissable source d’information (comprendre de ragots) pour Confidential — magazine qui « préfigurait l’infantile Internet », résume James Ellroy dans Panique générale.

Avec ce roman, l’auteur du Dahlia noir et de L.A. Confidential prend une pause de son Second quatuor de Los Angeles, dont deux tomes sont présentement publiés (« Perfidia » et « La tempête qui vient »). Pause d’autant plus reposante qu’elle se fait en compagnie de Freddy Otash, personnage qui a déjà montré son nez dans l’univers « ellroyen ». Entre autres dans Extorsion (2014), longue nouvelle ou court roman qui, aujourd’hui, constitue la première partie du présent bouquin.

Un chien en enfer

 

En ce 16 juillet 2020, ledit Freddy — dit le Dog ou, mieux (!), le PervDog — croupit depuis 28 ans au purgatoire. Il en sortira s’il parvient à tirer un récit qui se tient (à peu près) de tout ce qu’il a manigancé pendant ses grandes années. Mêlant faits et fiction, personnages réels et imaginaires, et voguant dans toute la gamme des déclinaisons possibles entre les deux, le résultat est ludique à souhait. Surtout pour qui ne connaît pas, ou connaît peula face cachée du Hollywood des années 1940 et 1950.

Sauf qu’Ellroy en fait des tonnes. À la vitesse grand V, son roman accumuleles anecdotes, passe d’une combine à une autre, entasse les victimes, force la volonté de choquer. Tout cela au travers de personnages plus détestables les uns que les autres — mais ça, on entre chez lui en s’y attendant. Ainsi, son humour vache colle parfaitement aux lèvres d’Otash, être vil et vulgaire, moche et méchant, répugnant et pugnace — histoire de le décrire avec force assonances et allitérations pour coller au style de l’écrivain que Sophie Aslanides a eu la mission possible / impossible de traduire en français.

Elle a tâté à l’idiome « ellroyen » avec « La tempête qui vient » (en compagnie de Jean-Paul Gratias, qui avait pris en 1998 la relève du célébré Freddy Michalski). Elle se lance cette fois en solo, avec application, assurance.Et argot. « Il a piétiné à mort deux pachutos pendant les émeutes des costards de zazous. » Ce qui est sûrement à propos (comment faire autrement ?). Mais pour qui est habitué à lire Ellroy dans sa langue, le décrochage est inévitable tant ça fait mal aux yeux.

Panique générale

James Ellroy, traduit de l’anglais par Sophie Aslanides, Rivages « Noir », Paris, 2022, 328 pages

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