Quatre polars à découvrir à l’approche de l’été

Les choix polar de Michel Bélair et de Sonia Sarfati
Photo: Getty Images Les choix polar de Michel Bélair et de Sonia Sarfati

Révélation norvégienne

Le bandeau annonce « Prix de la révélation du polar norvégien ». Alléchant. Jusqu’à ce que l’on comprenne que si La fille de l’air « révèle » Randi Fuglehaug, c’est que l’on sent le potentiel de la journaliste et romancière qui signe ici son premier thriller. Le bouquin démarre en compagnie de quatre femmes sautant d’un avion, exécutant leur chorégraphie puis ouvrant leur parachute. À part l’une d’elles, qui s’écrase au sol. On suit alors l’enquête de la journaliste Agnes Tveit. Qui avance très (trop) lentement au début, jusqu’à ce que l’action s’emballe au fil de chapitres de plus en plus courts. Comme si, du ralenti, on passait à l’avance rapide. Désagréable impression, ici, de déséquilibre ou de « je suis pressée d’en finir ». Problème numéro un. Le second étant les personnages : Agnès en tête, ils sont pour la plupart antipathiques. Mais le récit est solide et l’écriture, efficace. Le deuxième tome de cette série vient de sortir en version originale. Les lecteurs suivront, en norvégien comme en traduction. Parce que promesses il y a.

La fille de l’air
★★ ​1/2

Randi Fuglehaug, traduit du norvégien par Marina et Françoise Heide, Albin Michel, Paris, 2022, 423 pages

 

Sonia Sarfati

Polar aérien

 

Quelques semaines après Chute libre de T. J. Newman (Albin Michel), voici que paraît Otage de Clare Mackintosh, autre palpitant thriller qui se déroule à bord d’un avion dont le vol se transforme en compte en rebours. Mais là où le premier multipliait les maladresses — sans (trop) altérer le plaisir (coupable) —, le second attache le lecteur à son siège et jamais la tentation de détacher sa ceinture ne se fera sentir. Mina est agente de bord sur le vol inaugural Londres-Sydney. Pas d’escale, 20 heures dans les airs. Or, peu après le décollage, elle reçoit un message : si elle ne permet pas à un passager d’entrer dans la cabine de pilotage pour, on l’imagine, prendre les commandes de l’appareil, sa fille mourra. Si l’ancre du roman demeure Mina, dont la terreur est palpable et le dilemme, cornélien, Clare Mackintosh (Te laisser partir) change adroitement de points de vue en multipliant les narrateurs. Plusieurs sont des passagers. Qui est responsable ? Réponse choc en guise de finale.

Otage
★★★ ​1/2

Clare Mackintosh, traduit de l’anglais par Françoise Smith, Marabout, Paris, 2022, 429 pages

Sonia Sarfati

 

Double enquête

Le quotidien de la brigade menée par l’inspecteur MacNeice se fait lourd alors que le printemps s’amorce à peine. On retrouve d’abord le corps d’une jeune femme à la nuque brisée dans une petite baie du lac Ontario, et MacNeice a tout juste le temps de l’examiner qu’on sollicite sa présence sur les lieux d’un autre crime affreux : un homme emmailloté dans du ruban adhésif explose littéralement sous les yeux de ceux qui tentent de le délivrer. Qui étaient ces gens ? Pourquoi ont-ils été exécutés ? Les deux crimes sont-ils liés ? L’intrigue est compliquée, presque insoluble, mais comme à l’habitude, MacNeice et son équipe mettront à jour méthodiquement des bouts de vie sordides et des injustices sans nom touchant des êtres qui ne les méritent pas. D’autant plus que le quatrième de couverture annonce déjà qu’une atrocité peut en cacher une autre, encore plus horrible. Un livre dur, magnifiquement construit (et bien rendu par une solide traduction) qui met en relief le profil d’un honnête homme attachant.

Jusqu’à la moelle
★★★ 1/2
Scott Thornley, traduit de l’anglais par Éric Fontaine, Boréal « Noir », Montréal, 2022, 408 pages

Michel Bélair

 

L’art du crime

Coup sur coup, un parfait inconnu dans la soixantaine publie deux romans étonnants chez un éditeur d’ici qui n’a pas l’habitude de publier des polars. En soi, c’est déjà surprenant, mais le tout dernier de ces livres est franchement très réussi. Les deux mettent en scène les mêmes inspecteurs du Service de police de la Ville de Montréal : le très improbable inspecteur Bonneau et son assistant Lamouche. Improbable parce que Bonneau est la réincarnation québécoise de l’inspecteur Bérurier, surnommé l’Enflure, le bras droit, ou plutôt gauche, du légendaire commissaire San-Antonio. Bonneau est le type même de l’imbécile sans manières et sans intelligence parfaitement imbu de lui-même ; il est heureusement assisté d’un jeune surdoué à peine sorti de l’école de police. Ils font face ici à une affaire sordide impliquant une demi-douzaine de cadavres, un comte français transplanté sur Redpath Crescent, amateur de poissons carnivores et de peinture romantique à la Géricault. Étonnamment réussi.

Les os de la méduse
★★★ 1/2
J. L. Blanchard, Fidès, Montréal, 2022, 374 pages

Michel Bélair

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