Petits livres, grandes voix

La petite collection «Voix» fonctionne selon le principe du personnage qui se présente par lui-même. Aussi, chacun des ouvrages qu'elle publie comporte les mêmes éléments: une présentation du personnage par un spécialiste, de courts extraits de l'oeuvre, des commentaires sur le personnage et son oeuvre par d'autres grandes figures et, enfin, quelques repères chronologiques et bibliographiques.

Où la musique finit la barbarie commence donne ainsi la parole au grand compositeur français Hector Berlioz. «Les qualités dominantes de ma musique, écrit-il, sont l'expression passionnée, l'ardeur intérieure, l'entraînement rythmique et l'imprévu.» On l'a, ajoute-t-il, souvent regardé comme un fou, mais il a, pour expliquer cela, une réponse: «Toute musique qui s'écarte du petit sentier où trottinent les faiseurs d'opéras-comiques fut nécessairement, pendant un quart de siècle, de la musique de fou pour ces gens-là.»

Berlioz ne se faisait pas d'illusion sur les capacités d'accueil du public: «La musique est l'art d'émouvoir par des sons les êtres sensibles, intelligents, instruits et doués d'imagination. Elle ne s'adresse qu'à eux, et voilà pourquoi elle n'est pas faite pour tout le monde.» Sans elle, pourtant, la barbarie guette.

Flaubert, qui avait lu la Correspondance de Berlioz, était séduit: «Quelle haine de la médiocrité! Quelles belles colères contre l'infâme bourgeois! Quel mépris de on! Cela vous enfonce les lettres de Balzac de 36 000 coudées!»

Socrate, sage-homme

Toi-même!, pour sa part, donne la parole au maître du genre, Socrate. «Une vie sans examen, rappelle-t-il, n'est pas une vie», et c'est le chemin qui importe puisque la fin, c'est-à-dire la sagesse, n'est pas donnée à tous: «J'ai en outre cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse, et le reproche qu'on me fait souvent d'interroger les autres sans jamais me déclarer sur aucune autre chose, parce que je n'ai en moi aucune sagesse, est un reproche qui ne manque pas de vérité. Et la raison, la voici: c'est que le dieu me contraint d'accoucher les autres mais ne m'a pas permis d'engendrer.»

Mais quel sage-homme! Merleau-Ponty résumait l'essentiel: «Toujours coupable par excès ou par défaut, toujours plus... docile et moins accommodant que les autres, il les met en état de malaise, il leur inflige cette offense impardonnable de les faire douter d'eux-mêmes.»

Une idée originale de petits cadeaux, à très bas prix, qui auront peut-être de grandes répercussions.

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Où la musique finit la barbarie commence

Hector Berlioz

Choix établi et présenté par Cécile Reynaud

Toi-même!

Socrate

Choix établi et présenté par Claude Morali

Éditions de la Martinière/Xavier Barral

Paris, 2004, 64 pages chacun