Littérature jeunesse - Les débats intérieurs de Mandoline

Dix ans après la sortie de La Lumière blanche, premier titre d'une trilogie (80 000 exemplaires vendus, tous titres confondus) qui a remporté un énorme succès d'estime, voici qu'une deuxième série s'est amorcée en 2003 avec un des personnages secondaires de la trilogie. Mandoline, la décrocheuse, prostituée et danseuse nue, est maintenant sobre depuis un an.

Elle s'est replongée dans les études jusqu'aux oreilles, soutenue par une marraine AA amicale. La voilà qui s'éprend d'un journaliste venu l'interviewer. Le beau Nicolas s'avère aussi épris qu'elle, alors pourquoi cette fuite? Pourquoi cette rechute désespérée dans le whisky et cette attirance maudite pour la poudre blanche?

Avec sa franchise brutale et son langage direct, Mandoline raconte ses débats intérieurs avec beaucoup d'émotion et des images fortes. Le personnage est plus que crédible avec ses brusques soubresauts, ses susceptibilités et son apparente indépendance. Ses fragilités sont particulièrement bien mises en évidence. Le récit est bouleversant et le premier tome, La Chute du corbeau, laisse le lecteur suspendu en pleine crise en s'interrompant abruptement sur les mots «à suivre»! Une gifle ferait le même effet. Voilà pourquoi j'ai attendu la sortie du deuxième tome et la résolution de la crise pour traiter d'un même souffle ce qui était manifestement inachevé.

Le second tome, L'Empreinte de la corneille, s'avère effectivement aussi puissant et riche que la première partie et l'éclaire peu à peu. Guidée par une série de hasards troublants, Mandoline résiste à l'appel de la poudre et découvre avec ahurissement la synchronicité, cette notion mystérieuse de coïncidences chargées de sens. Elle apprend aussi que la corneille n'est pas la femelle du corbeau et que ses clins d'oeil sont une invitation plutôt qu'une malédiction. Il lui faudra du temps, du courage et plusieurs «clins d'oeil» du destin pour se remettre sur les rails de la disponibilité amoureuse, déterrer les couches successives d'un passé jalonné de chocs douloureux. Tout est tellement lié dans cette histoire que c'en est hallucinant. Symboles et doubles sens abondent, tant dans les événements extérieurs que dans la vie intérieure de l'héroïne. Le jeu des dialogues imaginaires est une trouvaille convaincante. Philosophie, spiritualité, psychologie, thérapie et gravité de la vie s'y déclinent tour à tour, ouvrant de multiples pistes secondaires que le lecteur est libre d'emprunter au sortir de ce voyage marquant. L'ajout du petit Mando (lexique personnel de l'héroïne par ordre alphabétique) est d'ailleurs un délicieux dessert qui permet d'atterrir en douceur. Roman majeur pour adolescents.