Édition - Le tour du Canada en mille communautés

C'est une maison d'édition pour enfants à l'orientation bien particulière: elle s'intéresse aux communautés culturelles du Québec.

Le premier ouvrage publié par les Éditions du Soleil de Minuit regroupait rien de moins que les onze langues autochtones du Québec, en plus du français. Depuis, la maison a élargi ses horizons. Si elles continuent de s'intéresser aux premières nations du Québec et du Canada, elles se penchent aussi sur les diverses communautés culturelles canadiennes. À l'occasion de Noël, cette maison d'édition, basée à Saint-Damien-de-Brandon, dans Lanaudière, propose, dans la collection des albums du Crépuscule, trois nouveaux albums, Les Trouvailles d'Adami, en français et en inuktitut, Grand-papa Giacomo, en français et en italien, et La Médaille olympique, en français et en grec.

Les Trouvailles d'Adami, signé Louise-Michelle Sauriol, illustré par Leanne Franson et traduit en inuktitut par Sarah Beaulne, fait référence à l'avalanche qui a frappé le village inuit de Kangiqsualujjuaq, dans le Grand Nord du Québec, en 2000. L'accident avait fait neuf victimes, dont cinq enfants. Connaissant le drame, qui a notamment emporté l'enfant de l'une des enseignante du village, Louise-Michelle Sauriol a cherché une façon d'en consoler les victimes. L'histoire qu'elle raconte est celle d'un petit enfant du Nord qui doit venir vivre à la ville avec sa mère qui suit un cours pour devenir infirmière.

«Enfin, un cadeau approprié à offrir aux enfants du Grand Nord pour Noël! Un livre conçu pour ceux qui parlent français ou pour ceux qui apprennent à le parler», écrivait au sujet de ce livre une critique dans l'édition du 17 décembre du Nunatsiak News, dans le Nunavik.

Pourtant, les Éditions du Soleil de Minuit s'adressent d'abord au grand public et espèrent ainsi lui faire connaître d'autres réalités, notamment celles que vivent les Amérindiens contemporains. Sa fondatrice et directrice, Diane Groulx, est une enseignante de formation qui a décidé de se lancer dans cette entreprise après avoir enseigné plusieurs années auprès des Inuits. Revenue à Montréal, elle s'est rendu compte que les préjugés entretenus à l'endroit des Inuits sont tenaces: les enfants du Sud les imaginent vivant encore dans les igloos et se déplaçant en traîneaux à chiens. Entrevoyant la nécessité de mieux faire connaître la réalité autochtone contemporaine aux habitants du Sud, Diane Groulx a fondé les Éditions du Soleil de Minuit et publié un premier livre qui racontait la migration d'un harfang des neiges à travers onze communautés autochtones du Québec. Au fil du voyage, le texte a été traduit dans la langue de chacune des communautés visitées.

Le projet était ambitieux. Il a impliqué des traducteurs maîtrisant respectivement le cri, l'inuktitut, l'innu, le mohawk, le wendat (huron), l'attikamek, le malécite, l'abénaki, l'algonquin, la naskapi et le mic-mac. Du nombre, deux langues, le wendat et le malécite, sont pratiquement éteintes, tandis que l'abénaki est lui aussi en voie d'extinction.

«Ç'a été un tour de force», se souvient Mme Groulx, qui a fait affaire avec une des dernières personnes vivantes susceptibles d'adapter un texte en wendat et avec une grande chef malécite qui a dû consulter les archives pour la traduction de l'ouvrage dans cette langue.

La maison d'édition publie également des romans pour les enfants et pour les adolescentes, seulement en français dans ce cas-ci mais portant également sur le thème des communautés culturelles, bien qu'ils passent parfois par le biais de thèmes universels.

«Depuis deux ans, les gens connaissent bien le mandat de la maison d'édition», reconnaît Mme Groulx. Les manuscrits reçus en témoignent.