«Les incandescentes», à feu et à sang

Adoptant différents points de vue et variant ses narrateurs, C. J. Tudor offre un livre haletant, dont les chapitres, courts, se terminent invariablement par une situation qui laisse aux abois les personnages principaux et les lecteurs, scotchés au livre.
Photo: Pygmalion Adoptant différents points de vue et variant ses narrateurs, C. J. Tudor offre un livre haletant, dont les chapitres, courts, se terminent invariablement par une situation qui laisse aux abois les personnages principaux et les lecteurs, scotchés au livre.

Bienvenue (quoique…) à Chapel Croft. Il y a 500 ans, huit habitants de ce village du Sussex avaient été attachés au bûcher et brûlés vifs à cause de leur religion. Il y a 30 ans, deux amies se sont volatilisées et, si on dit qu’elles auraient fugué, on se doute que leur disparition est d’une autre nature. Il y a deux mois, le vicaire de la bourgade s’est pendu. Le révérend Jack Brook — qui, comme son nom et son titre ne l’indiquent pas, est une femme — arrive pour le remplacer. Ce n’est pas une promotion : cette veuve, mère d’une adolescente, a été éjectée de son diocèse de Nottingham, car elle a du sang sur les mains. On comprendra lequel en temps et lieu. C’est-à-dire quand C. J. Tudor le jugera bon.

Avant cela, l’angoisse distillée dans Les incandescentes va grimper ; les spectres, se lever ; la tension, augmenter ; et les mystères se multiplier, à commencer par la présence dans le cimetière de ces « incandescentes », des poupées de brindilles qui servent à commémorer les martyrs locaux et qui sont brûlées au cours d’une cérémonie annuelle. Le passé lointain teinte de noir gothique le présent de Jack. Son passé proche, lui, est rouge sang — et il n’est pas mort. À preuve, quelqu’un la traque.

Adoptant différents points de vue et variant ses narrateurs, C. J. Tudor offre un livre haletant, dont les chapitres, courts, se terminent invariablement par une situation qui laisse aux abois les personnages principaux (assez attachants et étoffés pour accepter que ceux qui les entourent soient plus monolithiques)… et les lecteurs, scotchés au livre. Une mécanique éprouvée, et qui fonctionne ici à merveille.

L’ancienne journaliste et présentatrice de télévision a indéniablement pris du métier depuis la parution, il y a quatre ans, de L’homme craie. En voie d’adaptation pour la télévision, cet hommage aux thrillers psychologiques façon Stephen King était réussi, mais très / trop collé à l’art des maîtres du genre. Après La disparition d’Annie Thorne et L’ombre des autres, Les incandescentes, qui mêle habilement tension et horreur, prouve combien la romancière britannique mérite sa place dans les rangs de ces « reines du suspense » qui, sans rien bousculer, savent jouer avec les nerfs d’un lectorat qui en redemande.  

Les incandescentes

★★★ 1/2

C. J. Tudor, traduit de l’anglais par Thibaud Eliroff, Pygmalion, Paris, 2022, 495 pages

À voir en vidéo