La poésie à la conquête de la ville

«Grâce à l’arrivée de Noémie [Perreault], on a rêvé tout de suite beaucoup plus grand, révèle Catherine Cormier-Larose (à gauche). Ce qu’on essaie de faire avec cette édition, c’est de dire que la poésie est de retour, qu’elle ne fait pas peur et qu’elle est accessible.»
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Grâce à l’arrivée de Noémie [Perreault], on a rêvé tout de suite beaucoup plus grand, révèle Catherine Cormier-Larose (à gauche). Ce qu’on essaie de faire avec cette édition, c’est de dire que la poésie est de retour, qu’elle ne fait pas peur et qu’elle est accessible.»

Après deux éditions 100 % virtuelles, le Festival de la poésie de Montréal (FPM) se prépare à envahir la ville afin de faire rayonner cet art. À la barre de cette 23 édition, intitulée D’une poésie à l’autre, Noémie Perreault, codirectrice générale et directrice administrative, et Catherine Cormier-Larose, codirectricegénérale et directrice artistique, sont d’une fébrilité palpable et d’un enthousiasme contagieux.

« Avec Catherine, on est entrées en codirection générale en août afin de remplacer Isabelle Courteau, qui est la fondatrice et a été la directrice générale et artistique pendant plus de 20 ans, explique Noémie Perreault. C’était tout un défi parce qu’il y avait un fond de pandémie derrière tout ça et on ne savait pas si on allait pouvoir le faire en présentiel. On a tout de même atteint nos objectifs. On est partout dans la ville ! »

Ainsi, le FPM quitte le Plateau Mont-Royal afin d’étendre ses activités dans différents quartiers de Montréal, notamment dans le Quartier des spectacles, dans le Quartier latin, dans le Centre-Sud et dans Villeray. De cette manière, les nouvelles directrices souhaitent à la fois renouer avec les fidèles du festival et conquérir un public néophyte, voire des spectateurs et spectatrices involontaires.

« C’est la première fois dans l’histoire du festival qu’on change de direction, mais les bases sur lesquelles on travaille sont extrêmement solides, assure Catherine Cormier-Larose. Tous les festivals, après deux ans de pandémie, ont besoin d’amour. Pouvoir surfer sur le fait que la poésie est moins crainte qu’avant parce qu’on en a vu au théâtre ou en première partie de spectacles de chanteurs et de chanteuses nous permet de rêver grand. »

Complices et complémentaires

 

Noémie Perreault, issue du monde de la musique, et Catherine Cormier-Larose, poète et critique littéraire, ne se connaissaient pas du tout avant de former la nouvelle direction bicéphale du FPM. À les écouter parler, elles semblent parfaitement se compléter, l’une soutenant les idées et les rêves de l’autre, et vice versa : « Ça a tout de suite cliqué ! » disent-elles.

« Quand je suis arrivée dans le milieu de la poésie, se souvient Noémie Perreault, je me suis rendu compte qu’il y avait encore plein de choses qui n’avaient pas été faites, notamment dans le multidisciplinaire. Le Festival de la poésie fait des balados depuis relativement longtemps, mais une projection architecturale en vidéo mapping, je pense que personne n’avait encore fait ça en poésie. Avec Catherine, qui est une machine poétique, on veut montrer que la poésie peut faire partie de notre quotidien, sans nécessairement devoir aller dans une salle pour écouter des poètes. »

« Grâce à l’arrivée de Noémie, on a rêvé tout de suite beaucoup plus grand, révèle Catherine Cormier-Larose. Ce qu’on essaie de faire avec cette édition, c’est de dire que la poésie est de retour, qu’elle ne fait pas peur et qu’elle est accessible. Voici un code QR pour écouter un poème sur votre téléphone. Voici un poème affiché dans votre abribus. Voici la poésie dans votre quartier. »

L’une des idées que défendent ardemment les deux directrices, c’est de ne pas mettre les poètes dans des cases, que ce soit au Marché de la poésie, dans les rencontres, les spectacles, les cabarets ou les balados.

« Quand on regarde la programmation de cette année, du côté des poètes invités, que ce soit des poètes franco-canadiens, des poètes québécois, montréalais ou français, il y a une diversité incroyable, tant générationnelle que culturelle », fait remarquer fièrement Noémie Perreault.

« Tout ça s’est fait naturellement, on n’avait pas de tableau de programmation avec des cases, enchaîne sa collègue. On n’aime pas les cases, on aime les faire exploser ! On veut non seulement que différentes voix se rencontrent, on veut aussi différents genres de poésie. Comme ça, on peut s’adapter à différents publics. Avec les années, la poésie classique et lyrique qu’on apprend à l’école est devenue un peu vieillotte, un peu plate et inaccessible parce que les mots sont loin de notre quotidien. On veut juste dire aux gens qui n’ont pas encore rencontré une poésie qui les touchent que ça ne se peut pas, ne pas aimer la poésie. »

Solidement ancrées dans le présent, et le regard résolument tourné vers l’avenir, la directrice administrative et la directrice artistique ont bien l’intention de continuer à faire rayonner la poésie à Montréal et à l’international, avec la Maison de la poésie de Montréal, OBNL qui produit le FPM.

« Ça va être important de garder notre edge au niveau des nouvelles technologies, croit Noémie Perreault. Isabelle Courteau a été très visionnaire avec les balados, l’œuvre interactive La rue des poètes. Il nous faut garder en tête de toujours pouvoir emmener la poésie dans des sphères qu’elle n’a jamais touchées et que personne n’a jamais touchées. »

« C’est ça qui permet d’aller chercher un nouveau public, de projeter les poètes dans d’autres sphères… » enchaîne Catherine Cormier-Larose.

« …Et de rester actuel », conclut sa collègue.

Le 23e Festival de la poésie de Montréal se déroule du 30 mai au 5 juin. Rendez-vous sur le site festivaldelapoesiedemontreal.com pour découvrir la programmation.

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