Place à la lecture en continu

La plateforme numérique Pavillons, fraîchement inaugurée, donne l’occasion aux auteurs de tenir des projets d’écriture en feuilleton qui seront publiés à un rythme récurrent allant de chaque semaine à chaque mois.
Photo: Le Devoir La plateforme numérique Pavillons, fraîchement inaugurée, donne l’occasion aux auteurs de tenir des projets d’écriture en feuilleton qui seront publiés à un rythme récurrent allant de chaque semaine à chaque mois.

« Pavillons réalise un vieux fantasme ! » L’autrice, chroniqueuse et blogueuse Catherine Voyer-Léger, qui a toujours eu un intérêt marqué pour la publication en ligne, s’enthousiasme de voir un nouvel acteur arriver dans le milieu littéraire québécois. La plateforme numérique Pavillons, fraîchement inaugurée, donne l’occasion aux auteurs de tenir des projets d’écriture en feuilleton qui seront publiés à un rythme récurrent allant de chaque semaine à chaque mois.

« J’aime le côté laboratoire de Pavillons, qui nous offre la possibilité d’être accompagnés dans la création et de laisser de côté l’aspect marketing tout en ayant un revenu assuré », ajoute Catherine Voyer-Léger.

Grâce à un système d’abonnement, dont le prix mensuel varie selon les projets, le public a accès aux textes de l’auteur auquel il souscrit au fur et à mesure qu’ils paraissent. « Pavillons est un diffuseur de littérature, et c’est en ce sens qu’on peut le comparer à Netflix ou à Spotify », explique Marie Lamarre, éditrice indépendante et cofondatrice de la plateforme avec Myriam Comtois et Annabelle Moreau. Mais pour elle, la différence fondamentale avec ces géants de la diffusion en continu est qu’il existe un rapport individuel entre les lecteurs et les écrivains.

« Ce qui me motive dans un tel projet, c’est un dialogue avec le public rendu possible alors que le projet est à peine embryonnaire. Ça m’intrigue d’avoir l’avis des gens en direct », souligne Catherine Voyer-Léger. Celle-ci apprécie également la notion d’engagement envers Pavillons, à qui elle doit livrer un manuscrit toutes les deux semaines afin de tenir le public en haleine. « Il faut le faire même si on n’est pas totalement satisfaits. On n’est pas dans la recherche de la perfection, plutôt dans un côté éphémère proche du journalisme. Ça me motive beaucoup », poursuit-elle.

Figures libres

 

De la critique à la fiction en passant par la poésie, la bande dessinée et le récit, Marie Lamarre promet « des thématiques assez fortes » déclinées en entrées sur plusieurs mois, un peu à la manière des épisodes d’une série qu’on suit assidûment.

Pour sa part, Catherine Voyer-Léger s’est tournée vers l’essai pour Pavillons. Inspirée par Les barbares, d’Alessandro Baricco, un livre sur la mutation publié sous la forme d’un feuilleton dans un journal, elle a choisi de se pencher sur les figures féminines de la culture pop qui l’ont faite. Pendant un an environ, Catherine Voyer-Léger proposera à ses abonnés « un voyage dans les années [1980-1990] en poussant la réflexion sur les grandes questions qui ont marqué mon développement en tant que femme, mais aussi sur l’époque ».

Qu’ils soient confirmés ou émergents, d’autres écrivains comme Martine Delvaux, Patrick Senécal, Mélissa Verreault ou encore Antoine Lussier prendront aussi part à ce nouvel exercice de style. Car pour Marie Lamarre, l’atout d’une plateforme comme Pavillons est la force du nombre. « Nos auteurs et autrices vont ramener leur public et, à partir de là, notre mandat est de lui en faire découvrir plus. » L’idée est donc d’attirer les lecteurs les plus traditionnels, mais aussi les générations qui ont pour habitude de lire sur les téléphones et les tablettes.

Et ce cercle vertueux pourrait aussi profiter aux écrivains d’une tout autre façon, croit Marie Lamarre. « En lisant un article de fond sur les équivalents américains de Pavillons, j’ai été happée par le champ ouvert par ces plateformes d’un point de vue littéraire. Ce sont de nouveaux terrains de jeu pour les auteurs, et ils sont conditionnés par une certaine discipline », ajoute-t-elle. Une forme d’écriture inédite qui, peut-être, en inspirera beaucoup.

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