Essai - Terrorisme international au Canada ?

Le Canada est devenu le complice officieux du terrorisme international, le pays de ralliement de toutes les grandes organisations extrémistes, dont al-Qaïda, les Tigres tamouls et le Hezbollah. Les fous de dieu y sont libres de planifier leurs sombres complots assassins en raison du laxisme des policiers et de l'indifférence des politiciens.

Scénario apocalyptique pour un film d'anticipation de série B, à l'affiche pour un maigre week-end pendant les Fêtes? Que non! C'est la thèse avancée le plus sérieusement du monde par l'auteur et journaliste d'enquête Stewart Bell dans Terreur froide, un ouvrage traduit de l'anglais à l'automne aux Éditions de l'Homme.

Bell, reporter au National Post, assure la couverture des affaires de sécurité nationale depuis 1998. Son ouvrage est basé sur des documents (confidentiels et non classifiés) du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et autres agences d'espionnage dans le monde, des transcriptions judiciaires de causes célèbres, des articles de presse et sa propre expérience sur le terrain dans une vingtaine de pays, dont l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde, Israël et le Liban.

L'homme présente de crédibles états de service; des extraits de son livre ont même fait l'objet d'une publication dans l'édition canadienne du non moins crédible magazine Time. Les faits qu'il rapporte sont justes, pour autant que l'auteur de ces lignes ait pu les vérifier. Il ne crie pas au complot, ce qui le distingue en se sens des prophètes de la machination à la Thierry Messan.

Bell offre seulement une analyse alarmiste de faits et gestes commis par une poignée de terroristes bien réels, qui ont «opéré» à partir du Canada, à commencer par Ahmed Ressam, arrêté à Seattle en possession de fortes quantités d'explosifs à quelques jours du passage à l'an 2000, ou encore Fateh Kamel, un vétéran de la guerre d'Afghanistan et membre du Groupe islamiste armé (GIA), emprisonné en France.

Des mots forts

Selon Bell, les terroristes ne s'installent pas au Canada par hasard, et leurs actes ne sont pas l'expression d'un fanatisme isolé. Les grandes organisations terroristes choisissent le Canada comme base opérationnelle. Avec ce livre, il dénonce «l'indolence de nos dirigeants politiques, qui n'ont rien fait pour stopper cette invasion». Les mots sont forts, et ils le resteront tout au long de l'ouvrage. Al-Qaïda «a fait du Canada son quartier général». Les politiciens boudent l'information acheminée par leurs services de renseignement, forçant ces agences à mener deux guerres: l'une contre le terrorisme, l'autre contre les politiciens qui nient l'existence du problème pour éviter un resserrement de la sécurité aux frontières et les entraves au libre-échange qui en découleraient. Le Canada est «le tremplin» des organisations terroristes, une base à partir de laquelle ils peuvent disséminer la terreur dans le monde entier.

Un début d'explication est fourni dans un rapport de la GRC cité en conclusion: 17 % de la population canadienne est d'origine étrangère, contre 9 % aux États-Unis, faisant en sorte que «le Canada est plus vulnérable [au recrutement terroriste] que d'autres nations développées». Il ne vaut pas la peine de rappeler que les 19 auteurs des attentats du 11 septembre 2001 sont entrés aux États-Unis légalement, sans passer par le Canada, pas plus qu'il est pertinent de souligner qu'aucune machination infernale n'a été éventée au pays depuis l'arrestation de Ressam. Ce serait de la mauvaise foi.

Terreur froide aborde pourtant des questions essentielles sur l'attitude désinvolte du Canada en certaines matières. Comment se fait-il que les Tigres tamouls peuvent encore recueillir des fonds au pays alors que l'organisation a orchestré de nombreux attentats meurtriers en Inde? Comment le ministère de l'Immigration et de la Citoyenneté a-t-il pu perdre complètement la trace de demandeurs du statut de réfugié algériens comme Ressam? Bell n'y répond guère, se contentant de crier au loup. Il ne pourrait y avoir meilleure transposition littéraire du son strident d'une sonnerie d'alarme que Terreur froide.

Le Devoir

TERREUR FROIDE

Stewart Bell

Éditions de l'Homme

Montréal, 2004, 332 pages